Que veut-on vraiment pour l’agriculture bio en France ?

La demande est forte, il faut laisser jouer le marché pour arriver à des prix permettant de justes rémunérations » : c’est par cette idée – que lui a soufflée le secrétaire général de la FNSEA Jérôme Despey – que Stéphane Travert, actuel ministre de l’Agriculture, a justifié en septembre l’abandon du soutien de l’État au financement des aides au maintien de l’agriculture biologique. Le sort de celle-ci résulterait dès lors du seul arbitrage des conseils régionaux. Si l’idée d’arriver à de justes rémunérations apparaît louable, l’argument du marché apparaît en revanche comme une grosse ficelle. En effet, une majorité des agriculteurs de notre pays tire une part plus qu’importante de leur revenu des subsides de la politique agricole commune (PAC). En 2015, alors que 91 % des exploitations bénéficiaient au moins d’une subvention, 53 % des exploitations présentaient un résultat courant avant impôt négatif, niveau ramené à 15 % après subventions (1). Alors pourquoi viser ainsi l’agriculture bio ? Est-ce que cela coûte trop cher ? Est-ce inefficace ?

Patrimoine environnemental
Jusqu’alors, les aides à l’agriculture bio représentaient environ 160 millions d’euros par an (sur la période 2015-2020), à rapporter aux 9 milliards du budget total de la PAC sur la période. Pour la Fédération nationale de l’agriculture biologique (Fnab), plutôt que d’annoncer une baisse du soutien aux agriculteurs bio, il aurait au contraire été bienvenu de renforcer les moyens financiers afin de montrer l’importance des enjeux portés par cette filière, tant du point de vue écologique que du point de vue social.
De fait, ces aides se justifient tout d’abord au regard d’arguments techniques, celui des rendements, qui sont généralement inférieurs en agriculture bio, en particulier lors des phases de conversion. Mais, même dans l’hypothèse où les rendements atteints seraient comparables à ceux en agriculture conventionnelle, ce qui peut être rendu possible par la recherche d’économies d’échelle, l’utilisation de processus plus intensifs, une mécanisation accrue (objectifs par ailleurs dénoncés comme participant d’une dérive bio business et d’une « conventionalisation » de la bio), il reste un argument majeur pour légitimer la pérennisation des aides dans le temps : celui de la contribution positive de cette agriculture à la préservation du patrimoine environnemental. Que vaut cette contribution à l’écologie  ? Le gouvernement semble avoir tranché sans avoir entendu l’appel des organisations montées au créneau pour réclamer des moyens à la hauteur des ambitions.
1 – Agreste Primeur n°342-décembre 2016.

Mathieu Béraud,  des Économistes atterrés