Trois fois moins d’énergie pour satisfaire nos besoins

L'auteur : L'association négaWatt a construit un scénario de transition énergétique pour atteindre à l'horizon 2050 un modèle décarboné et dénucléarisé. Ce texte est extrait en partie du « Manifeste négaWatt – Réussir la transition énergétique », édité chez Actes Sud.

Comment vivrons-nous en 2050 dans une société qui aura achevé la transition énergétique ? Et comment cette dernière aura pu se réaliser ? La transition énergétique n’est ni une évolution à la marge, ni le rafistolage d’un modèle dépassé. Ce n’est pas non plus un retour en arrière vers une époque où l’on s’éclairait à la bougie… C’est même tout l’inverse !
Essayons de brosser à grands traits les principaux contours de la société telle qu’elle pourrait être en 2050, au terme d’une transition énergétique réussie, fondée sur la démarche négaWatt : “sobriété, efficacité, renouvelables”.

En 2050, notre manière d’occuper l’espace a fortement évolué à l’issue d’un triple mouvement de revitalisation des zones rurales, de reconstruction des villes sur elles-­mêmes et de densification des zones périurbaines. Cette dynamique a conduit à une répartition plus équilibrée à la fois de la population et des activités sur l’ensemble des territoires.
La quasi ­totalité des bâtiments anciens a été rénovée et isolée. Ils sont devenus plus confortables et beaucoup moins consommateurs d’énergie, et alimentés en énergie renouvelable. Ce vaste programme de réhabilitation énergétique a permis de créer des centaines de milliers d’emplois dans le bâtiment et l’industrie.
Les équipements électriques sont plus nombreux, et les services qu’ils rendent plus vastes qu’aujourd’hui, mais ils sont bien plus efficaces. En 2050, la consommation d’énergie des bureaux et logements a diminué de plus de moitié par rapport à 2010, pour un confort supérieur et des usages plus nombreux.
Les évolutions de l’urbanisme, de l’aménagement de l’espace et des modes de travail ont permis de réduire notablement les besoins de déplacements contraints pour des motifs personnels comme professionnels. Chacun peut trouver, dans un rayon de quelques centaines de mètres autour de son domicile, tous les commerces et les principaux services nécessaires à la vie quotidienne. Le développement du télétravail permet de mutualiser les équipements bureautiques performants et de limiter fatigue, perte de temps et gaspillage d’énergie.

Pour se déplacer, les transports en commun occupent bien sûr une place centrale, complétés par une gamme étendue de moyens de déplacement : vélos, microvéhicules légers conçus pour la ville, auto­partage et covoiturage, retour des taxis collectifs, développement des minibus à la demande, etc. L’agriculture a elle aussi opéré sa mutation vers une production bien plus équilibrée à tous les points de vue : environnemental et paysager, alimentaire et social, avec le développement de l’emploi rural grâce à la diversification des débouchés.
Au total, grâce à l’amélioration continue des chaînes énergétiques, et bien que la population se soit accrue de plus de 9 millions d’habitants, il faut 3 fois moins d’énergie pour satisfaire tous les besoins de la société française. Les énergies mobilisées pour répondre à ces besoins ont radicalement changé de nature, puisqu’elles sont à plus de 90 % d’origine renouvelable. Elles ont généré la création de dizaines de milliers d’emplois au cœur même des territoires.

L’abandon progressif de la production d’électricité nucléaire n’a pas été le cataclysme que certains Cassandre avaient promis. Les importations d’énergies fossiles se sont réduites progressivement, jusqu’à finalement se limiter à quelques usages très particuliers, dégageant des économies importantes de devises. Grâce à cela, les émissions de CO2 ont régulièrement diminué pour atteindre une division par 2 en 2030 par rapport à 2010, suivie d’une accélération spectaculaire portant la réduction jusqu’à un facteur 15 en 2050.
Ce changement profond du paysage énergétique a été rendu possible grâce à la mise en place dès 2015 de politiques et mesures ambitieuses, permettant de sortir de l’inertie et d’engager le bon tempo. Les technologies nécessaires à cette transition étaient déjà disponibles. Leur généralisation à grande échelle a permis de mener à bien cette transition énergétique, autant nécessaire que désirable !