Trésors et « face cachée » du numérique

C’était comment, la vie quotidienne et le travail sans Internet?

A L’âge de faire, qui a commencé à paraître fin 2005, nous n’avons pas connu cette époque (1). En l’espace d’une quinzaine d’années, la technologie numérique s’est installée dans nos existences personnelles et professionnelles – de plus en plus puissante, de plus en plus rapide. « Quand on se connectait à Internet, notre modem faisait de manière stridente « tu tutu tu tu tutu tu tuuuuu, tuuuu » et on se faisait disputer parce qu’on avait oublié de se déconnecter, et que le téléphone de la maison était resté occupé toute la journée » nous écrit un lecteur, Jacques, qui était adolescent au début des années 2000. Alors que nous ont envahis les publicités pour la 3G, et maintenant la 4G, qui permettent de se connecterà la toile depuis un téléphone portable, la lenteur avec laquelle les pages s’affichaient sur l’écran semble aujourd’hui appartenir à la Préhistoire…

Les militants de la sphère « alternative » se sont emparés de cet outil qui permet de communiquer à moindre coût, de s’informer, d’élargir les mobilisations.
« C’est un espace formidable pour expérimenter la libre association, l’auto-organisation, le partage, la création d’institutions autonomes et la remise en question de la propriété », témoigne Thomas Fournond, hacker, membre de l’association Usinette.
L’ordinateur et la toile nous aident aussi, par exemple, à pratiquer l’autopartage,à soutenir l’agriculture paysanne ou l’amélioration des conditions de travail des ouvriers asiatiques du textile.Mais si nous sommes de plus en plus nombreux à choisir notre nourriture et nos vêtements en fonction de critères éthiques, le paradoxe est que nous restons largement ignorants des coulisses de la révolution numérique – ce que Thomas Fournond appelle « les conditions sociales et écologiques de la technique ».

Le livre  La face cachée du numérique (2) insiste sur quelques réalités désagréables à entendre : la fabrication des ordinateurs, qui nécessite d’extraire des « terres rares », consomme énormément d’énergie, de même que leur fonctionnement et surtout le stockage des données que nous consultons sur Internet. Nous participons, pour la plupart d’entre nous, à une fuite en avant qui nous échappe : les ordinateurs toujours plus puissants, la multiplication des usages, le nombre croissant d’informations échangées, les envois de photos, le recours à la vidéo, nécessitent « un câblage accéléré de la planète, avec des tuyaux toujours plus gros pour acheminer toujours plus de données », écrivent les auteurs. Et « si Internet était un pays, il serait le cinquième plus grand consommateur mondial d’électricité, avec un taux de croissance de 12 % par an », a révélé l’organisation Greenpeace.Une forme de sobriété numérique est-elle possible ? Certains la pratiquent déjà au quotidien en recyclant et en partageant leur matériel, en raisonnant leurs usages du web, ou en choisissant des services qui stockent le moins de données en ligne possible. Thomas Fournond, avec l’association Usinette, propose de « limiter la complexité des machines » pour que leur fabrication soit plus compatible avec « une organisation conviviale de la vie ». Encore faut-il renverser le mécanisme du « toujours plus », et accepter de « sacrifier la performance technique », souligne-t-il.

Lisa Giachino

• 1- Saluons à ce propos la démarche de nos confrères de Silence, qui ont réalisé il y a quelques mois un numéro entier du magazine sans utiliser les nouvelles technologies de communication.• 2 – Fabrice Flipo, Michelle Dobré et Marion Michot, L’Echappée, 2013

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