Traction animale

> Trait de vie, VraiVrai Films, Sophie Arlot et Fabien Rabin, 75 min. Sortie nationale, le 28 février. Lieux de programmation : traitdevie.com

Qu’y a-t-il de commun entre Manu, Philippe, Lucie, Amandine et Martial ? Ils ont choisi la traction animale pour travailler la terre ou débarder. Dans le film Trait de vie, Sophie Arlot et Fabien Rabin, nous proposent de les rencontrer.

« Allez, mord dedans coco, vas-y ! Tu le prends ? » Manu, un solide gaillard, place le harnais sur la tête d’un magnifique percheron blanc. Il lui passe doucement la main sous le museau. « Tintin Galopin, Tintin moustachu. Il a des moustaches l’hiver. » Manu se hisse sur la pointe des pieds pour faire passer tranquillement la sangle de cuir derrière les oreilles du cheval. « De toute façon, on est collègues, on forme une équipe de travail.
C’est important de bien s’entendre. Peut-être que c’est des animaux, mais c’est nos collègues. » Tintin Galopin, en compagnie de Mimi – une congénère à la robe brune –, tire deux énormes grumes, sous les ordres de Manu, qui tient les longes. L’homme caresse le cou de la jument et lui gratte le front : « Elle me connaît, ma bibiche. » Clef à molette à la main, Philippe, cheveux blancs et moustache rieuse, bricole dans son atelier. « Pour augmenter mon rayon de braquage avec les chevaux, je suis obligé de déporter mon palonnier, là. Ça devrait le faire  », conclut-il en se grattant la tête. Ce céréalier s’est lancé dans la fabrication d’un attelage capable de tracter une herse tirée par huit chevaux. Une vraie folie ! Et autant dire qu’il n’a pas trouvé grand-chose sur internet pour l’aider. Il s’en est sorti en visionnant des cassettes de cow-boys et d’indiens.

Je fais partie de la génération qui a vu disparaître le plus grand nombre d’espèces alors, c’est pour ça que je veux faire partie de ceux qui vont essayer d’en conserver le plus.

C’est simple et léger d’avoir des chevaux

Le cheval est pas seulement là pour la traction animale, c’est mon ami. C’est celui qui fait que j’ai du crottin, si j’en ai besoin. C’est lui qui va m’aider après la tempête à donner un coup de main dans le village, pour débarder les troncs qui sont sur la route. C’est tout plein de petites choses qui font que pour moi, c’est simple et léger d’avoir des chevaux, et que ce serait pas simple et léger d’avoir un tracteur.dit Lucie, maraîchère.

Sur la ferme d’Amandine et Martial, il reste quarante mètres pour terminer de creuser le sillon entre deux rangées de légumes, mais rien à faire, Chouchou ne bouge pas d’un sabot. Amandine a beau tirer à l’avant de toutes ses forces, le bel âne à poils longs refuse d’avancer, malgré la promesse de foin, de bisous et de pain, une fois le travail terminé. Le ton monte entre Amandine et Martial. Chouchou est bloqué. Les paysans sont énervés. « Ça montre la fragilité, la déconnexion à l’animal, explique Fabien Rabin, co-réalisateur. Si l’âne n’avance pas, c’est parce qu’il y a un manque de maîtrise. C’est le côté difficile de la traction animale qui n’est pas toujours idyllique.»

On passe du temps avec Philippe sur son tracteur ou près du poste à souder. « Son parcours est magnifique, confie Fabien Rabin. Il vient du conventionnel mais c’est un visionnaire. Il est en bio depuis les années 80. » Tout en conduisant sa jument, Lucie nous parle de son cheminement, son rapport au travail : « Amener un produit
fini dans lequel j’ai mis ma main et mon regard, et mon corps et mon coeur partout, ça me convient. » Quant à Manu, il court derrière ses chevaux entre troncs et broussailles, à longueur de journées et défend résolument son choix.

Je pense qu’on est productifs. Plein de gens calculent à court terme. Sauf que le travail en traction animal, c’est à long terme. Si tu préserves une forêt, un milieu, c’est pas demain que tu le vois.Manu

NG