To be or not to be (dans l’UE) ?

Par Catherine Mathieu et Henri Sterdyniak, économistes atterrés

Le 23 juin, les Britanniques décideront par référendum s’ils restent dans l’UE ou s’ils en sortent. Saluons tout d’abord ce bel exemple de démocratie. Les gouvernements britanniques ont toujours eu une relation distante à l’Europe, mais aussi une position cohérente : oui au libre marché, non aux pertes de souveraineté nationale. Cette position agace les partisans d’un modèle social européen, car le Royaume-Uni porte dans l’UE un projet économique libéral ; elle agace tout autant les partisans d’une Union européenne politique, à laquelle le Royaume-Uni ne veut pas prendre part. En février dernier, David Cameron a obtenu des garanties en matière de respect des souverainetés nationales (en particulier des spécificités britanniques et des droits des pays non-membres de la zone euro), des engagements de libéralisme accru en Europe et des possibilités de restriction de l’immigration des travailleurs en provenance de l’UE. Certes, beaucoup de ces points vont dans le mauvais sens, mais cela montre qu’un pays déterminé peut obtenir des inflexions en Europe.

Des chiffres contestables
Jusqu’à récemment, les sondages ont montré que les Britanniques étaient très partagés sur la question. Mais, depuis le lancement de la campagne officielle, la volonté de rester dans l’UE semble devenir majoritaire. Cela fait suite à la publication par le Trésor britannique d’un document de 200 pages, selon lequel le Brexit ferait baisser le PIB de 6 % et couterait 4300 livres sterling par an à chaque ménage britannique. Quelques jours plus tard, l’OCDE estimait à son tour que le Brexit induirait une baisse de PIB de 3 % en 2020 et d’environ 5 % à l’horizon 2030. L’objectif est clairement de faire peur aux Britanniques, à partir d’hypothèses contestables de fortes réductions des échanges commerciaux et de mise en cause du rôle de la City comme centre financier de l’Europe – comme si l’UE allait mettre en place des barrières aux échanges avec le Royaume-Uni, ce dont elle souffrirait elle-aussi. Les partisans libéraux du Brexit ont contesté les chiffrages du Trésor britannique, avec des hypothèses encore plus discutables : sortir de l’UE permettrait encore plus de dérégulation, et donc de croissance. Paradoxalement, les travaillistes font aussi campagne pour que le Royaume-Uni reste dans l’UE, pour garantir les acquis sociaux au Royaume-Uni.
Très probablement, les Britanniques choisiront de rester dans l’UE, par peur du saut dans l’inconnu. Cela sera une mauvaise nouvelle pour les partisans d’une Europe politique et ceux d’une Europe sociale. Mais une bonne nouvelle pour les partisans d’une Europe libérale.

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