En Thaïlande, à Mae Tha, les jeunes ne fuient plus le village

Au nord de la Thaïlande, quelques paysans ont abandonné il y a trente ans les pesticides chimiques et ont convaincu une centaine de familles. Aujourd’hui, leurs enfants distribuent des paniers des légumes, produisent des semences, ouvrent un café alternatif…

Mae Tha. Un canton de 7 petits villages dans le nord de la Thaïlande. Depuis Chiang Mai, la deuxième ville du pays, on y arrive par une petite route sillonnant en fond de vallée. Les collines forestières surplombent de superbes maisons en bois de teck, entourées de leur petit jardin. En bord de rivière, les rizières s’étendent çà et là. Puis en remontant le long des collines, on trouve quelques champs de maïs, des vergers, et quelques élevages de bovins. On y compte plusieurs temples et deux écoles. Tous les habitants se connaissent et se côtoient. On n’y vit pas dans la pauvreté, mais on n’y est pas riche non plus.

Il y a quelques décennies, les habitants vivaient en quasi autarcie. Paw Pat, âgé de 62 ans, se souvient de son enfance : « On cueillait, chassait et cultivait tout ce dont on avait besoin pour se nourrir. Nous construisions nous-mêmes nos maisons avec les arbres des forêts alentours, faisions nos shampoings avec des plantes sauvages, les femmes tissaient les vêtements avec du coton cultivé au village… Nos parents achetaient à l’extérieur seulement le sel et du pétrole pour les lampes ! »

Petit à petit, de plus en plus de produits et d’habitudes venant de l’extérieur ont été adoptés. Les jeunes sont connectés à internet, bon nombre de familles s’équipent en voiture et électroménager, la nourriture occidentale est de plus en plus populaire, et les gens se déplacent couramment dans le reste du pays voire à l’étranger… Pour autant, toutes les familles continuent leur activité agricole, beaucoup consomment toujours les plantes cueillies et les animaux chassés aux alentours, les traditions bouddhistes se mêlant aux rites locaux sont toujours bien présentes.

On cultive aujourd’hui dans le canton du riz gluant pour l’autoconsommation, des fruits et légumes, on élève quelques animaux pour la viande, le lait et les œufs. Beaucoup d’agriculteurs ont aussi des cultures commerciales, principalement du baby corn (mini épi de maïs). En plus de leur ferme, quelques habitants travaillent comme journaliers au village pour des travaux agricoles ponctuels, d’autres sont embauchés dans l’industrie de la ville voisine, et un certain nombre de jeunes partent plusieurs années en Corée ou à Taïwan pour mettre de l’argent de côté.

Essayer autre chose après la Révolution verte

Mae Tha a connu la Révolution verte, avec le développement des monocultures commerciales (maïs, tabac, arachide, gingembre…) et l’utilisation d’engrais et pesticides de synthèse. Après avoir massivement utilisé ces nouvelles techniques comme les autres familles, quelques paysans ont commencé à se poser des questions, à propos de l’impact sur leur santé, sur l’environnement, mais surtout sur leurs finances. L’achat des intrants (semences, engrais, pesticides, machines) coûtait en effet de plus en plus cher pour des prix de vente qui n’augmentaient pas aussi vite ; le montant de leurs dettes ne cessait d’augmenter. Paw Pat aime à dire que « ce n’était pas un système d’agriculture durable, mais de dette durable ! »

Pour lire ce reportage dans son intégralité, achetez le numéro 125 – décembre 2017 de L’âge de faire ou abonnez-vous !
Reportage de Lucien Jallot, étudiant agronome et volontaire à Mae Tha de septembre 2016 à février 2017 – Contact : lucien.jallot[at]laposte.net