Sivens : 450 000 euros pour la sécurité

En avril, le Conseil général du Tarn a débloqué 450 000 euros pour faire régner l’ordre à Sivens, 0 pour le débat

Le saviez-vous ? L’organisation d’un débat ne coûte pas cher. On rassemble des gens autour d’une table, chacun exprime son point de vue et, en partant, rentre chez lui avec ses notes sous le bras. Si vous voulez faire les choses bien, vous aurez acheté quelques bouteilles de jus de fruit et vous vous en serez sortis pour une dizaine d’euros… Pendant des mois, les opposants au barrage de Sivens l’ont réclamé, ce débat, sans même exiger un verre d’eau. Face au refus catégorique du président du Conseil général Thierry Carcenac, certains se sont lancés dans des grèves de la faim. L’un d’eux a tenu plus de 60 jours. Sans résultat.

Début avril, les élus du Conseil général du Tarn ont montré sans trop le vouloir de quelle manière ils comptaient mener le dossier : la manière forte. A travers un avenant au contrat liant le département à la Compagnie d’aménagement des coteaux de Gascogne, qui porte le projet de barrage, (CACG), ils ont ainsi voté une rallonge de 450 000 euros (225 000 euros du Département, et autant de l’Agence de l’eau) au budget du barrage. Pourquoi ? Pour assurer la sécurité du site.

Tenir les délais coûte que coûte

A cette époque, il était encore temps de faire machine arrière. Mais Thierry Carcenac a au contraire tout mis en œuvre pour réaliser à marche forcée son projet : il a refusé tout débat et mis le paquet sur la sécurité. Car en avril, déjà, le temps pressait, comme on peut le constater à la lecture de l’avenant qui stipule que « compte tenu des difficultés d’accès [au site] en raison de la présence d’éléments extérieurs au projet (…), le planning prévisionnel pourrait être compromis ». C’est grave, docteur ? Oui, car, outre l’Agence de l’eau et les Conseils généraux du Tarn et du Tarn-et-Garonne, c’est l’Europe qui finance une partie du projet. Sur les 8,5 millions qu’est censé coûter le barrage, un peu plus de 2 millions doivent venir de Bruxelles à travers la programmation FEADER 2007-2013. Pour pouvoir y prétendre, les travaux devaient initialement être finis avant le 1er janvier 2014. Dans sa grande bonté, l’Europe a néanmoins accordé un délai supplémentaire aux retardataires : la date butoir a finalement été fixée au 1er juin 2015. Or, le nouveau planning du Conseil général prévoyait la fin du chantier à la mi-avril. Autrement dit, il n’y avait déjà plus une minute à perdre. Thierry Carcenac a donc décidé de chausser ses Rangers pour mener un dernier sprint : en lui octroyant ces 450 000 euros, il a permis à la CACG d’embaucher des sociétés de sécurité privées chargées d’empêcher les zadistes de retarder les travaux.

Pas radins sur la sécurité

La suite, on la connaît : le déboisement a finalement été réalisé (illégalement) en septembre, au milieu d’affrontements de plus en plus violents entre opposants et forces de l’ordre. A la lecture de l’avenant, on comprend pourtant que le plan de financement de l’ouvrage était caduc : le retard était tel qu’il était alors impossible à rattraper. Le maître d’ouvrage ne pouvait donc plus rêver aux fonds de l’Europe.

Qu’importe. Pas plus que le Conseil général, l’Etat n’a radiné sur les moyens mobilisés pour imposer le déboisement. Sans que l’on sache combien a coûté l’envoi en masse d’escadrons de gendarmes mobiles, on peut néanmoins affirmer que cela se compte en centaines de milliers d’euros. Ce qui fait beaucoup, pour un projet jugé « médiocre » par les experts du ministère de l’Ecologie, qui a toutes les chances d’être déclaré illégal d’ici deux ans et dont le plan de financement souffre d’un trou de 2 millions d’euros…

Suite à la mort de Rémi Fraisse, tué par la grenade d’un gendarme mobile, les éditorialistes, polémistes, spécialistes et chroniqueurs de tout poil ont tenté de répondre à ces questions : « Les zadistes sont-ils pacifistes ou violents ? Mettent-ils la démocratie en danger ? Et comment vivent-ils, sont-ils des profiteurs du système ? » Dans cet aréopage de « spécialistes », pas un, à notre connaissance, n’a eu l’idée de poser les mêmes questions au sujet des élus en charge du dossier…

Nicolas Bérard

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