Sein, du 100 % pétrole au 100 % renouvelables

En l’absence de politique d’envergure, les îles du Ponant non raccordées au réseau sont encore totalement dépendantes du fioul. Un plan massif a été lancé récemment pour changer la donne.

Ce sont des sites naturels exceptionnels dont les habitants sont, paradoxalement, totalement dépendants du pétrole : les îles finistériennes de Molène, de Sein et d’Ouessant font partie des rares îles habitées proches de l’Hexagone qui ne sont pas raccordées au réseau continental par des câbles acheminant l’électricité. Résultat : on y importe du fioul pour faire tourner des groupes électrogènes. À Sein, la dépendance concerne même l’eau potable : l’île – et ses 150 habitants à l’année, dix fois plus l’été – ne compte aucune source, et le filtrage de l’eau de pluie ne suffit pas, même hors-saison. Et à quoi se nourrit l’osmoseur ? Au pétrole, lui aussi. Sein brûle ainsi 420 000 litres de fioul par an. Selon les spécialistes, la production d’électricité sur ces îles produit treize fois plus de CO2 que la production continentale. Vive le nucléaire ?

On se dit quand même qu’il y a sûrement d’autres options pour « décarboner » ces îles, si les pouvoirs publics et « l’opérateur historique » voulaient bien s’en donner les moyens. On a bien expérimenté, en vingt-cinq ans, deux éoliennes et une hydrolienne. On a également subventionné quelques ampoules LED, il y a une dizaine d’années, pour réduire la facture de l’éclairage public… Face à la relative passivité des principaux responsables de la situation, des Sénans ont monté en 2013 leur propre projet pour initier une politique globale de transition énergétique et développer les renouvelables sur l’île. Mais ils se heurtent depuis au « monopole de la multinationale EDF ». Ils ont porté leur lutte devant les médias et les tribunaux et sont aujourd’hui en attente de la décision des juges (1). Mais peut-être que leur action a déjà des conséquences concrètes, les multinationales et les États actionnaires étant souvent sensibles à leur image… Quoi qu’il en soit, depuis 2015, l’argent coule à flots sur les trois îles, avec l’objectif affiché d’atteindre le fameux « 100 % renouvelables » en 2030. La Région a ainsi débloqué 250 000 euros et l’État 1 million d’euros, seulement pour les trois premières années, au terme desquelles l’objectif est de réduire de plus d’un tiers la consommation de fioul. Tout y passe, de la plaquette de sensibilisation à destination des touristes à l’installation de panneaux photovoltaïques, en passant par des aides fiscales auprès des îliens désireux de changer leur réfrigérateur. En quinze ans, si les efforts se poursuivent, l’île passera ainsi du 100 % pétrole au 100 % renouvelables.

FG

1 : Sur ce dossier, lire « L’île de Sein arrêtera-t-elle de tourner au fioul ? », dans L’âdf n° 99.