Prendre soin de nos vieux

Quel regard portons-nous sur les vieux ? Sont-ils, à nos yeux, notre mémoire vivante ? Des personnes riches « d’être », de savoir et d’expérience ? Ou bien sont-ils infréquentables et rebutants parce qu’ils nous renvoient à notre propre finitude ?

Quel regard portons-nous sur les vieux ? Sont-ils, à nos yeux, notre mémoire vivante ? Des personnes riches « d’être », de savoir et d’expérience ? Ou bien sont-ils infréquentables et rebutants parce qu’ils nous renvoient à notre propre finitude ?

Selon Gérard-François Dumont, démographe-géographe et économiste (1), notre regard a changé depuis une soixantaine d’années : « Lorsque dans notre société, il y avait peu de personnes âgées, celles-ci étaient considérées comme des personnes sages, reconnues et respectées », ce qui est beaucoup moins le cas aujourd’hui, à l’heure où « notre société investit très fortement les enfants et plus largement la jeunesse ». Cette question du respect des personnes âgées, et de la prise en compte de leurs droits fondamentaux, est au cœur d’un rapport du Comité consultatif national d’éthique (CCNE). Pour cette autorité, « le soubassement éthique d’une politique d’accompagnement du vieillissement n’a pas été suffisamment investi » dans le cadre des lois.
Quand nous nous mobilisons pour des citoyennes et citoyens fragilisés, exclus de la société, pensons-nous aux vieux ? La réponse est négative, car nous ne les voyons plus, puisque nous les avons concentrés dans des établissements d’hébergement (Ehpad). Pour beaucoup, ces institutions sont des lieux de solitude et de souffrance, malgré l’engagement des professionnels trop souvent débordés. « Trois quarts des personnes résidentes interrogées auraient souhaité ne pas vivre la fin de leur existence en Ehpad » (2), selon une étude citée dans le rapport du Comité d’éthique, qui ajoute que « 9 résidents sur 10 souffrent d’affections neuropsychiatriques, souvent réactionnelles à leurs conditions de vie ». 40% des résidents présentent un syndrome dépressif et 11% ont des idées de suicide, selon le psychiatre Pierre Vandel, auditionné par le comité.
Nos sociétés « ont confiné des personnes en raison de leur âge et de ses contingences, dans des « lieux de vie » souvent violents et parfois même maltraitants. Cette tendance à l’institutionnalisation et à la sur-médicalisation a exclu ces questions du champ de la responsabilité sociale et individuelle », poursuit le rapport.
Il est donc impératif de changer notre regard sur la vieillesse, et de promouvoir une solidarité qui ne doit pas être que familiale, pour faire face « au défi démographique du vieillissement ». Le Comité d’éthique propose la dé-ghettoïsation : à l’image des quotas de logements sociaux, les nouveaux immeubles intégreraient un ou deux étages pour un Ehpad. Pour permettre le maintien à domicile, il propose aussi de « penser un plan pour le répit et le soutien aux aidants », ces proches qui aident le parent âgé. Des lieux intermédiaires seraient créés en milieu ordinaire et non hospitalier : des maisons et séjours de répit, ainsi que le baluchonnage, qui permet à un professionnel de suppléer le proche aidant à son domicile, pendant plusieurs jours.
Le rapport recommande également la création d’un 5ème risque de la sécurité sociale (au côté de la maladie, des accidents du travail, du handicap et de la vieillesse), qui ne porterait pas seulement sur les cotisations des salariés, mais serait aussi calculé selon la richesse des personnes imposées. Ce cinquième risque contribuerait notamment au financement du maintien à domicile, aujourd’hui supporté difficilement par les collectivités territoriales. Il permettrait de s’engager résolument vers de « nouvelles formes de solidarités et de fraternité » envers nos vieux.
Nicole Gellot
1 – Auditionné par le Comité consultatif national d’éthique.
2 – Drees (Études et résultats 2014).