Plein emploi permanent

Par Dany Lang, économiste atterré,

L’employeur en dernier ressort pour le plein emploi permanent,

Depuis les années 1970, le chômage est devenu une maladie structurelle des économies développées. Le tournant néolibéral des années 1980, ainsi que les politiques d’austérité et autres politiques de l’offre menées depuis 2009, l’aggravent. Pourtant, le chômage n’est pas une fatalité. La mise en œuvre de stratégies volontaristes de reconversion écologique permettrait d’assurer une hausse significative de l’emploi. Avec un véritable plan de reconversion écologique, de nombreuses personnes seraient employées à des tâches permettant la transition vers des économies moins énergivores et plus humaines. Pour autant, il nous faut réfléchir à la manière d’assurer, durablement, le plein emploi, et ce indépendamment de la phase du cycle dans laquelle l’économie se trouve. Dans le même mouvement, il faut mener des politiques destinées à déconnecter l’emploi de la croissance.

Keynes définissait le plein emploi comme une situation où le taux de chômage est inférieur à 1% en temps de paix. Pour Keynes comme pour Minsky, on ne peut compter sur le secteur privé pour y parvenir, tout simplement parce que tel n’est pas son travail. L’action de l’État ou des collectivités locales comme « employeur en dernier ressort » (EDR) s’impose alors. Dans une politique d’EDR, la puissance publique s’engage à fournir un emploi à tous ceux qui sont prêts à travailler pour un salaire de subsistance et éventuellement plus élevé, en fonction des qualifications requises pour les emplois proposés. Selon Minsky, il s’agit de « prendre les chômeurs tels qu’ils sont » et « d’adapter les emplois publics à leurs compétences ». Les emplois se situent dans des services intensifs en travail et socialement utiles (que le marché est incapable de prendre en charge) : aide aux enfants, personnes âgées et malades, amélioration de la vie urbaine (espace verts, médiation sociale, restauration de bâtiments …), environnement, animation en milieu scolaire, activités artistiques, etc. Comme le résume Minsky, l’objectif est «  une meilleure utilisation des capacités existantes plutôt que leur accroissement ».

Pour Keynes, l’EDR doit être une politique permanente pour lutter contre les cycles : en période d’intense activité, le vivier d’EDR s’amoindrit, ce qui permet de contrer un risque éventuel d’inflation. A l’opposé, en période de récession, les tendances déflationnistes sont contrées par des embauches massives dans le cadre des programmes d’EDR.

Des impôts fortement redistributifs et les économies réalisées sur les prestations des personnes qui sortiraient du chômage permettraient de financer ces emplois. Ces sources pourraient être combinées à une taxe kilométrique, destinée à inciter les agents à consommer des produits locaux.Au vu des taux de chômage historiquement élevés des économies européennes, le plein emploi doit redevenir l’objectif final des politiques. La stratégie d’EDR, largement mise en place sous Roosevelt, mais aussi, plus récemment, en Inde et en Argentine, est une manière convaincante d’y parvenir.

 

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