Ondes : l’état chuchote l’alerte

Les ondes électromagnétiques, on ne les voit pas, on ne les sent pas, on ne les entend pas… Mais comme elles sont partout, au moins faudrait-il en parler. Seulement voilà : la plupart des grands médias sont détenus par des milliardaires de la téléphonie mobiles et des nouvelles technologies. Quant aux autres, ils sont abreuvés de publicités payées par cette même industrie. L’âge de faire, qui n’a de compte à rendre qu’à ses lecteurs, a décidé de se pencher sur la question. Nous y avons consacré tout un dossier en février 2018, nous nous retrouverons désormais chaque mois dans Grrr-ondes, une chronique pour ne pas perdre le fil.

 Connaissez-vous le site www.radiofrequences.gouv.fr ? Non ? C’est normal : en gros, personne ne connaît son existence à part ceux qui l’ont créé. Ce site gouvernemental nous apprend six règles élémentaires permettant d’utiliser son téléphone portable en limitant les risques sanitaires liés aux ondes électromagnétiques. Quoi ?! Des risques liés aux ondes ?! C’est vraiment à n’y plus rien comprendre, puisque l’État, via ses différentes agences et autres experts maison, répète à l’envi qu’elles ne présentent aucun danger…

Certains, comme l’association Robin des toits, voient dans cette contradiction l’effet d’une « opération parapluie » : au cas où un scandale sanitaire lié aux ondes venaient à éclater, le gouvernement pourrait toujours dire qu’il nous avait prévenus. En attendant, il ne fait surtout aucune publicité à ce site et laisse les opérateurs de la téléphonie libres d’épaissir et d’étendre le brouillard électromagnétique, comme bon leur semble. Pire : il leur offre un pont d’or pour les encourager à le faire.
Ainsi, en janvier, le secrétaire d’État à la cohésion des territoires annonçait fièrement avoir conclu « un accord historique » avec les opérateurs de la téléphonie. Le journal Le Monde, propriété du boss de l’opérateur Free, allait encore plus loin : pour le journal de Xavier Niel, cet accord est « un miracle » !
Le deal : le gouvernement renonce à mettre aux enchères le renouvellement des fréquences, qui auraient coûté environ 3 milliards aux opérateurs (et rapporté autant aux finances publiques) et, en échange, ces derniers promettent d’investir dans le développement de leur réseau. Quelques grandes priorités ont été données : faire disparaître la moindre zone blanche en l’espace de trois ans (les électrohypersensibles seront contents), mais aussi installer des antennes le long des voies de chemins de fer et des grands axes routiers, pour que vous puissiez téléphoner entre Marseille et Dunkerque sans que votre conversation ne soit interrompue.
Le gouvernement lui-même a donc oublié l’existence de son propre site internet, gisant dans une oubliette du Net, puisque l’une des six règles élémentaires qui y sont édictées consiste à ne pas téléphoner dans les transports : en mouvement, votre mobile cherche en permanence de nouvelles antennes auxquelles se relier et émet donc un maximum d’ondes.

Nicolas Bérard, auteur de « Sexy Linky ?« 

Nouvelle rubrique du Journal L’âge de faire – Grrr ondes