NDDL : convergeons contre la normalisation

Cet automne, s’ouvrira une période charnière pour l’avenir de la Zad. Le comité de pilotage devra définir les grandes orientations pour le foncier. Les agriculteurs conventionnels mettent la pression. Les zadistes appellent à un grand rassemblement les 29 et 30 septembre.

On aurait pu voir début juin une lueur d’espoir dans la signature entre l’État et des zadistes de 15 conventions d’occupation précaire (Cop), permettant à 15 activités et projets d’avoir la « reconnaissance des autorités » et ainsi la paix policière. Il s’agit de cinq activités d’élevage, de trois activités maraîchères, de cultures céréalières avec transformation (meunerie, brasserie), de deux cultivateurs de simples, d’une pépinière, d’une activité de production de semences potagères et d’une activité apicole. Le tout sur 140 ha. Mais l’automne est déjà dans les esprits, et pour cause : « Nos Cop ne courent que jusqu’à fin décembre. Dès octobre, les cartes seront rebattues », rappelle un zadiste au magazine Politis (1). Un comité de pilotage, début octobre, se penchera en effet sur l’avenir des terres à partir de janvier 2019, et certaines clauses dans les Cop laissent présager le pire. Celles-ci excluent par exemple toute tacite reconduction, et l’État peut les résilier unilatéralement, sans formalité préalable, sans indemnité ni préavis, « dès lors que les terrains doivent être rétrocédés à leur ancien propriétaire qui en a fait la demande » (2).
Les anciens propriétaires, ainsi que les fermiers des anciens propriétaires ? Sur la Zad, on les appelle les « cumulards » : ils ont touché des indemnités au moment de l’expropriation, ont été prioritaires pour obtenir des terres en compensation, des aides Pac liées, et n’ont pas participé à la lutte pour préserver « leur » foncier. Les zadistes vont-ils être « expropriés » au profit d’agriculteurs qui n’ont pas participé à la lutte, et qui ont une vision très conventionnelle de l’agriculture, totalement contraire à l’esprit qui a animé la résistance anti-aéroport ces quarante dernières années ?

L’importance de « l’extérieur »

Le risque est d’autant plus grand que, d’après Ouest-France (3), l’État s’apprêterait à revendre environ 900 ha des terres au Conseil départemental de Loire-Atlantique. Son président, Philippe Grosvalet, est un « anti-zadiste » notoire. Il a déjà annoncé qu’il associerait la Chambre d’agriculture aux décisions concernant l’usage des terres rétrocédées par l’État. La FDSEA, syndicat majoritaire à la Chambre, ne cache pas, également, ses sympathies pour donner la priorité dans l’usage des terres aux anciens propriétaires. Autour de la table du « comité de pilotage », quel sera le poids de « l’assemblée des usages » de la Zad, qui revendique un autre modèle de propriété, basé sur une gestion globale des terres en un seul commun ?

C’est à ce moment [en octobre] que va être statuée la consolidation de l’emprise foncière des différents projets nés du mouvement ou sa remise en question. Ce qui se décidera dans des bureaux dépendra comme toujours de la présence d’un mouvement vibrant et actif à l’extérieur.
C’est en effet conjuguée à un « mouvement vibrant et actif à l’extérieur » que la lutte sur le terrain à réussi à mettre en échec le grand projet d’aéroport « et de son monde ». Mais quel serait le sens de cette mise en échec si, à la place d’une fabuleuse opportunité d’expérimentation, les terres préservées étaient finalement dédiées à l’agrandissement, dans une logique bêtement productiviste ? Que tout le passé de gestion des communs se dissolve au profit de la logique individualiste de la propriété ? Que toute la richesse architecturale de la Zad soit rasée à jamais ? Que ce lieu unique de rencontres et d’échanges soit rayé de la carte ? C’est bien pour préserver cet embryon de nouveau monde que nous sommes appelé·es à converger, nombreuses et nombreux, les 29 et 30 septembre.

Fabien Ginisty
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> Toutes les infos sur zad.nadir.org
1 / Politis, « La Zad, suite ! », n°1513 / 2 – Reporterre.net, « À Notre-Dame-des-Landes, repos estival avant une nouvelle bagarre. », publié le 27 juillet / 3 – ouest-france.fr, « Notre-Dame-des-Landes : le Département de Loire-Atlantique rachète la Zad à l’État »