Marseille bétonnée

Les oiseaux du parc Chanterelle, à Marseille, n’ont qu’à aller nicher ailleurs. Des arbres qui offraient de l’ombre aux riverains, ne restent que les souches. Aujourd’hui condamné par des grilles, bientôt transformé en parking, le lieu était jusqu’à il y a peu « un endroit de socialisation, de rencontres entre les différentes générations et différentes populations » souligne David Escalier, membre du collectif Terre Fertile 13. Ce « militant  écolo warrior » quadragénaire était resté perché 3 jours au sommet d’un micocoulier en signe de contestation. Un acte symbolique mais insuffisant pour sauver le parc : « Même si les arbres ont été coupés, on montre qu’on est là et qu’on ne les laissera pas faire. »
Le parc Longchamps, dernier poumon vert de l’hyper centre marseillais, va quant à lui être amputé de 3 000 m2, soit un tiers de la superficie totale de ce jardin labélisé remarquable. Les platanes bicentenaires devront céder la place à 485 places de parking : « Il y en a déjà assez, ils sont tous à moitié vides parce que trop chers », s’indigne David Escalier.
Le collectif Laisse Béton, composé d’une douzaine d’association et des Centres d’intérêts de quartiers, dénonce lui aussi « la peste bétonnière » qui sévit dans la ville. Guy Coja, porte-parole de Laisse Béton – « Marseille est la dernière des vingt plus grandes villes françaises pour la superficie des espaces verts (1) ». Alors que le pacte de sécurité et de cohésion sociale, défini en 2013, devait donner la priorité au cadre de vie dans les quartiers, une trentaine d’autres parcs sont eux aussi menacés par des projets immobiliers, menés par des promoteurs tels que Vinci ou EuroMéditerrannée.

Bien que le maire, Jean-Claude Gaudin, ait un jour déclaré que les Centres d’intérêts de quartiers sont « des partenaires précieux du mieux vivre ensemble », cela ne semble pas suffire à ce qu’ils soient entendus. « On a écrit à tous les élus, peu nous ont reçu, et Monique Cordier, adjointe aux espaces verts, n’a jamais donné réponse à nos appels » (2), remarque Guy Coja, pour qui cette absence de concertation va à l’encontre «  de toute logique de démocratie de proximité ».

La route qui fâche

Le combat contre le tout béton continue à Allauch, aux portes de Marseille. La LiNEA (Liaison au Nord-est de l’agglomération marseillaise), dont le coût s’élève à 206 millions d’euros, devrait entrainer la destruction totale ou partielle de 53 habitations et terrains privés, ainsi que de 7 ha d’espaces agricoles. Cette liaison autoroutière s’attire les foudres de l’Association pour la défense des riverains de la LiNEA : « La justification officielle c’est le  développement, mais les promoteurs ne sont jamais loin. Ils ont déjà commencé à construire des logements tout le long du trajet alors que la LiNEA n’est même pas encore avérée », souligne Catherine Marra, membre active de l’association.
Depuis février, une Zad (Zone à défendre) s’est établie sur un terrain menacé par la LiNEA. Depuis sa création, plus d’une centaine de lettres de soutien ont été envoyées, aussi bien par des personnalités politiques et des associations que par des syndicats, comme la Confédération Paysanne. Une situation délicate pour la commune, dont le maire vient par ailleurs d’être mis en examen pour détournements de fonds publics et abus de confiance.

(1) 7,6 m2 d’espaces verts par habitant à Marseille, contre 68 m2 à Strasbourg.
(2 )Contactés avec insistance, les élus et services de la Ville n’ont pas non plus donné suite à nos sollicitations.

Eva Garcin