Makers : une nouvelle révolution industrielle

Les Makers se retrouvent pour le plaisir de partager leurs inventions, refaire le monde des objets. Ils prônent le partageet l’autonomie, et sont peut-être à l’avant-garde d’un nouveau modèle de production. Reportage à Lille.

La lueur bleue de l’imprimante en trois dimensions, incandescente, happe le regard des participants. Autour de la machine, un petit groupe aux sourcils froncés scrute la forme en plastique qui s’élève lentement du socle de l’imprimante.
« Je suis designer indépendant. J’ai dessiné ce luminaire », explique Eugénie, montrant les plans de l’objet sur une feuille de papier. L’idée, c’est de faire un prototype avec l’imprimante 3D, pour voir ce que ça donne en vrai Pour l’instant, la magie de la fascinante machine a du mal à opérer : les couches successives de plastique fondu s’agglutinent, sans rapport avec l’objet dessiné par la jeune femme. Pol, devant son ordinateur portable, peaufine les réglages de l’appareil. Pour lui, pas de doute, le luminaire prendra forme dans la soirée. Le rendez-vous « Makers » ne fait que commencer.

PROFESSEUR TOURNESOL
« Un rendez-vous Makers, c’est de 18 heures à pas d’heure. On est là pour discuter, échanger, réparer, inventer. C’est ouvert à tous. » Thierry est l’un des initiateurs de ces rencontres. Une nuit par semaine, en plein centre de Lille, une dizaine de passionnés de la bidouille se retrouvent, et retrouvent leur univers : une grande salle bien éclairée, des multiprises à foison sur les tables, des ordinateurs qui fonctionnent, d’autres en pièces détachées. Et des tiroirs remplis de résistances, de circuits imprimés, de petits moteurs récupérés ici ou là… Ici, quand on a besoin d’une clé de 10, on l’imprime !

Initié aux Etats-Unis dans les années 2000, le mouvement des Makers se répand actuellement comme une traînée de poudre, avec, pour détonateur, l’imprimante 3D, devenue financièrement accessible au plus grand nombre (lire ci-contre). En France, ces trois dernières années, une dizaine de collectifs comme celui de Lille se sont constitués, souvent autour de l’achat d’une machine. Pour les profanes, l’objet fascine : le photocopieur en trois dimensions conçu par le professeur Tournesol existe bel et bien ! [quote]Au début, on était très souvent sollicités pour faire des démonstrations dans les écoles, ou sur les salons. L’imprimante tournait toute la journée[/quote]se souvient Thierry. Ce soir encore, c’est la lueur bleue des machines qui retient l’attention des nouveaux venus, jeunes ou moins jeunes. Pour les habitués, par contre, les imprimantes 3D ne renferment pas plus de mystère qu’un tournevis ou qu’un arrache-clou : « La première, on l’a achetée en pièces détachées. Pour la deuxième, on a imprimé les pièces avec la première. De temps à autre, on la répare », explique Thomas, un autre initiateur du collectif lillois. A l’écart du petit groupe qui s’est formé autour de Pol et Eugénie, il fabrique, grâce à la deuxième imprimante, une nouvelle coque pour son téléphone portable. « L’ancienne est cassée », précise-t-il.

DO LA VÉRANDA YOURSELF

Aujourd’hui, les nouvelles technologies nous échappent, on a l’impression d’être dépossédés, de subir les choses. On nous fait croire que notre smartphone est un objet magique, qu’on est trop bête pour comprendre comment ça fonctionne.

Entre les mots de Thierry, perce une critique de la société de consommation, où l’ignorance des consommateurs fait le jeu des industriels qui vendent des technologies « magiques »… donc chères et irréparables. « Un ami à moi avait un petit élément de sa véranda qui s’était cassé. Le fabricant avait disparu, et bien sûr, impossible d’acheter une pièce de rechange, illustre Thomas. On en a fabriqué une nouvelle avec l’imprimante. Aujourd’hui, il a une véranda toute neuve ! »

Ce reportage réalisé par Fabien Ginisty est à lire en intégralité dans le numéro de mars 2014 de L’âge de faire en vente dans nos points de vente ou dans notre kiosque en ligne.

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