Les lumières de la jungle

Avant, tout était triste. Quand arrivait la nuit, à 18 heures, tout le monde allait dormir, chacun avec sa lampe à pétrole. » Francisco est représentant d’un village indigène Embera, dans la jungle colombienne. La communauté de 500 habitants, située à cinq heures de pirogue et une heure d’avion de Medelin, s’est équipée récemment d’une micro-centrale hydroélectrique, dans le cadre d’un programme gouvernemental. Les habitants ont également bénéficié d’une aide pour l’achat d’une machine électrique leur permettant d’égrainer le maïs et de trier le riz. « Avant, nous moulions le maïs pour faire la chicha (boisson nourrissante du quotidien, Ndlr) avec un moulin à main. Ça nous prenait trois à quatre heures. Aujourd’hui, non. On voit bien que c’est un développement pour nous », constate un autre habitant.

Débats électriques
Le travail quotidien n’est pas le seul à avoir changé. La vie sociale du village semble elle aussi bouleversée par l’arrivée de l’électricité, comme l’expliquent les différents interlocuteurs des documentaristes François Glaizot et Clément Bresciani (1). Gustavo, par exemple : « Aujourd’hui, le soir, les gens sortent, voient leurs amis, génèrent un débat, développent des projets… » La démocratie semble particulièrement vivante dans le village. Ainsi, les Embera prennent leurs décisions lors de grandes assemblées où tous les adultes participent, d’égal à égal. Un comité de gestion a été créé pour s’occuper de la centrale, propriété du village. David a été désigné pour présider ce comité, mais il ne cache pas pour autant son opposition à certaines décisions. La facturation de l’électricité, par exemple, qui, faute de compteurs individuels, est selon lui « absurde ». Le débat est également nourri quant à l’impact de la télévision sur la culture locale. En forêt amazonienne comme ailleurs, le petit écran « ouvre sur le monde » consumériste et les parents s’inquiètent :

Les enfants s’occupent davantage de voir la télévision que de faire leurs devoirs. Nous ne pouvons pas changer la mentalité de ce que nous dit la télévision. C’est à nous de nous rappeler notre culture.

F.G., avec « Les vagabonds de l’énergie »

(1) François et Clément sillonnent le monde à la rencontre d’initiatives locales autour de l’énergie. Leur projet, et les documentaires qu’ils réalisent sont disponibles sur : http://www.vagabondsenergie.org/fr/