L’intérêt général et nous

C’est une oeuvre (en deux volets) d’utilité publique qu’ont produite Julien Milanesi (enseignant-chercheur en économie à Toulouse) et ses acolytes. Le film-documentaire « L’intérêt général et moi » montre le triple dévoiement de l’intérêt général à travers les récents grands projets d’infrastructures de transport (nouveaux aéroports, autoroutes, LGV) : un écart abyssal avec les besoins réels de transport dans les zones concernées ; des fausses évidences sur les retombées économiques mises au coeur d’opaques « partenariats public-privé » ; des modes de prise de décision mettant à mal la confiance envers la démocratie représentative. Le web-documentaire « Construire des grandes infrastructures de transport ? »* vient en renfort pour, notamment, restituer les vaines tentatives d’économistes pour quantifier l’intérêt général dans lesquelles ce dernier est réduit à la somme des intérêts privés en l’absence de toute délibération collective. D’autres terrains souffrent d’une pratique du couple intérêt général/intérêt privé qui laisse peu d’espace à l’affirmation d’un « nous », sans lequel les appels à la démocratie locale sont de faible portée.

LE MOUVEMENT DES COMMUNS FOURNIT DES PISTES
Prenons le cas de la gestion préventive du risque inondation (surtout dans nos régions les plus « riches »). Ici, une vision globale, uniforme et technique de l’intérêt général, d’une part, conforte les comportements privés dans un déni du risque et de leur interdépendance face à ce risque. D’autre part, elle ne permet pas d’entendre et d’agréger des savoirs et des solutions portés par les quelques acteurs « non institutionnels » impliqués. Mais comment évoluer sans remettre en cause le principe de solidarité et sans aller vers un transfert de responsabilité qui pèsera sur les plus vulnérables ? Le mouvement des communs fournit des pistes sans pour autant tout résoudre. Un regard vers des « contrats de rivière par le bas » en Toscane laisse entrevoir des processus de réappropriation de l’usage collectif de territoires et de construction de communautés d’usagers des rivières fixant elles-mêmes les règles d’usage. Plus ou moins volontiers, l’autorité publique y cherche à doter les habitants de la capacité à être acteur de tels processus et veille en principe à un certain équilibre des pouvoirs entre eux. L’intérêt général serait alors un compromis institué localement, dont l’expression commencerait par un « Nous ». Reste à ne pas idéaliser ce qui n’a pu être encore éprouvé.

Ali Douai, économiste atterré.

> * http://sup.ups-tlse.fr/uved/infrastructures-transport/accueil/html/index.html