Les collégiens ont leur machine à remonter le temps

L'auteur : Pénélope Carmona est professeur de français au collège de Saint-Jacques-de-la-Lande

Cher journal,
Le collège, c’est génial ! J’ai vraiment hâte de retourner en cours ! Nous avons débuté la journée par le cours d’espagnol : le professeur nous a fait mettre en cercle et nous avons fait plusieurs jeux pour apprendre à nous présenter. Ensuite, Mme Perez a appuyé sur un bouton et nous nous sommes retrouvés dans un village amérindien de l’Equateur, en pleine forêt amazonienne. C’est pratique la téléportation ! C’est vraiment une belle invention !
Des adolescents de notre âge nous attendaient autour d’un grand feu. Ils portaient des sortes de pagnes et des plumes aux couleurs vives. Une odeur âcre embaumait la forêt primaire et nous entendions des cris étranges : des singes hurleurs probablement. Nous nous sommes présentés. Nous ne possédions pas tout le vocabulaire nécessaire pour converser, mais à force de mimiques, de gestes et de dessins, nous sommes parvenus à nous faire comprendre.

A l’aide d’un boîtier, nous avons enregistré nos conversations. Nous avons rendu les boîtiers au professeur dès notre retour en classe. Nous travaillerons sur ceux-ci afin de compléter les structures grammaticales et le vocabulaire qui nous manquent. Ainsi, nous converserons mieux la prochaine fois, lorsque nos correspondants nous rendront visite à leur tour.
J’ai raconté ça à maman, elle n’en revenait pas. A son époque, quelques collèges seulement skypaient avec l’étranger, et presque toujours avec l’Europe. Des voyages payants étaient organisés mais tous les établissements, à quelques exceptions près, proposaient les mêmes pays : Angleterre, Espagne, Allemagne.
Aujourd’hui, c’est mieux : on va partout dans le monde et c’est gratuit. Notre professeur nous a expliqué qu’elle avait choisi cette communauté pour que les Amérindiens nous enseignent leur façon de gérer la biodiversité. On a en effet beaucoup à apprendre parce que notre pays est aujourd’hui très pollué.

Le chant de la baleine a retenti et nous avons changé de salle. Nous sommes allés en cours d’histoire pour étudier la découverte des Amériques par Christophe Colomb. Le professeur, M. Leroy, nous a expliqué le contexte historique et les paramètres à prendre en compte. Il a ensuite appuyé sur une touche de son clavier et par un système holographique (un peu comme un jeu vidéo mais très amélioré), nous nous sommes retrouvés aux Bahamas, face aux Amérindiens Tainos, qui se demandaient bien ce qu’on venait faire là. Ils nous ont accueillis cependant avec beaucoup de bienveillance.

Nous ne nous sentions pourtant pas très à l’aise : on savait que Christophe Colomb, notre capitaine dans le jeu, était venu là pour voler leur terre et leur or pour le compte d’Isabelle la Catholique et y faire venir les prêtres pour y installer de force la parole du Christ. On se doutait bien que cette manière d’envisager les choses aboutirait à une assimilation des populations et/ou à des massacres. Après concertation, notre ilot a proposé à Christophe Colomb une solution plus juste, basée sur un troc équilibré et évidemment, il a refusé. Il nous a même menacés de nous enfermer à fond de cale !

Le professeur a appuyé sur une touche et nous nous sommes retrouvés en classe. M Leroy nous a ensuite montré comment la conquête des Amériques s’était réellement passée. L’étude de l’histoire est toujours intéressante : il faut tirer les leçons des erreurs de nos ancêtres pour ne surtout pas les reproduire.
Le cours suivant était celui de français. On est arrivés dans un décor en trois dimensions : une plage des Caraïbes. Le professeur, M. Drek, portait un tricorne et une veste qui rappelait celle du pirate de Peter Pan. Il est aussi impressionnant que ventripotent !
Il nous a expliqué que nous étions son équipage et que nous partions pour une chasse aux trésors des apprentissages. Il nous a montré une carte au trésor qu’un de ses vieux amis, le capitaine Barbe-Noire, lui avait léguée. Nous devions choisir un grade de pirate, et donc décrire nos points forts pour occuper le poste que l’on convoitait dans l’équipage. J’adorerais être pilote, parce que c’est lui qui décidera de la navigation. J’ai fait de la voile cet été. Je vais donc essayer de mettre en avant mes talents de navigatrice.
Cet après-midi, nous travaillerons sur les plantes tropicales dans la serre avec les professeurs de sciences. Nous allons mener des expériences et le professeur de mathématiques nous montrera comment les conceptualiser. J’ai hâte d’y être !