L’atelier soudé de Villeurbanne

En 2017, 1300 personnes sont passées à l'Atelier soudé à Villeurbanne pour réparer un ordinateur, une plaque électrique, un smartphone, une moulinette...© ADF

L’Atelier soudé, à Villeurbanne, aide tout un chacun à réparer ses appareils électriques et électroniques. Les permanences ne désemplissent pas, mais faute de subventions pérennes, l’association cherche son modèle économique.

Hocine inspecte rapidement la plaque de cuisson électrique défectueuse.

C’est sûrement la cosse qui a surchauffé. On va la remplacer. Vous voyez ces deux fils rouges ? explique-t-il à Lola, la propriétaire. Il faut que vous les dénudiez sans les fragiliser.

Dans le garage converti en atelier, d’autres binômes sont eux aussi affairés. Ici, on scrute l’intérieur d’une télévision pour déceler un faux contact ; là, on change un écran d’ordinateur portable ; on chauffe l’intérieur d’un smartphone avec un décapeur thermique (une sorte de sèche-cheveux surpuissant) pour décoller les éléments ; on démonte des prises de lampe ; on teste un moteur de four micro-ondes… Le garage du 1, rue du Luizet, à Villeurbanne, est plein. Il fallait réserver, comme souvent, pour venir à la permanence de l’Atelier soudé.

Succès inédit en France

L’idée n’est pas nouvelle : Clément Poudret et Baptiste Nominé, qui ont créé l’association en 2015, ont repris le principe des ateliers de co-réparation électrique et électronique connus sous l’anglicisme de « repair cafés ». Mais malgré la médiatisation du mouvement et la demande de la population, le secteur de la co-réparation électronique n’a jamais vraiment décollé, contrairement à la co-réparation de vélos par exemple, qui a aujourd’hui fait son nid dans toutes les métropoles. Comment expliquer un tel décalage ? « Le modèle économique, tout simplement, explique Clément. Dans les ateliers vélos, vous avez des permanents qui assurent une visibilité et une régularité à l’activité, alors que les repair cafés, essentiellement bénévoles, sans lieu stable, restent souvent invisibles pour le grand public. » Dès 2015, Clément et Baptiste sont partis avec l’idée de créer leur emploi grâce à l’Atelier soudé. Et de proposer une offre de co-réparation électronique pérenne pour l’agglomération lyonnaise. Aujourd’hui, les deux emplois à temps plein de l’association ne comptent pas leurs heures pour assurer trois, voire cinq permanences par semaine, concevoir des outils de sensibilisation à l’obsolescence programmée, assurer le suivi des appareils réparés… En 2017, environ 1 300 personnes ont été accueillies dans les permanences affichant généralement complet, et les créneaux supplémentaires ouverts en 2018 connaissent le même sort. Parmi les autres ingrédients du succès de l’association, on trouve les subventions, les adhésions des participants, ainsi que l’engagement de bénévoles actifs – une quarantaine aujourd’hui.

La manne des éco-contributions

Passionnés de bidouille, les bénévoles actifs viennent aider les participants à comprendre pourquoi les appareils sont en panne et comment les réparer… ou pas. « On s’est planté. Ça venait pas de la cosse. C’est carrément la résistance de chauffe qui est cramée », admet Hocine. Lola s’aperçoit par ailleurs que la seconde plaque de cuisson de son appareil ne fonctionne plus. « C’est pas l’Amérique… », songe Hocine, sourcils froncés. Ce dernier a longtemps été technicien électronique dans un service après-vente. « La priorité, c’était le résultat et la productivité maximale. Ici, c’est une autre ambiance ! » S’il vient régulièrement, « c’est pour le petit défi de résoudre les problèmes, mais c’est surtout pour l’échange ». À ses côtés, Lola garde le silence. D’un œil désabusé, elle regarde le spécialiste démonter sa deuxième plaque de cuisson.

Aujourd’hui, toutes les taxes et éco-contributions sont destinées au traitement des déchets. Or, des associations comme la nôtre évitent leur production. Il serait donc logique que nous bénéficions de ce financement.

Clément

Pour l’heure, malgré son succès fulgurant -et inédit en France, l’Atelier soudé compose au présent, et cherche un modèle économique qui ne dépendrait pas des subventions, de plus en plus rares.
La permanence de l’Atelier touche à sa fin. Lola repart avec le sourire : elle a vu comment fonctionnait son appareil, et Hocine a réussi à réparer la seconde plaque.

Comme ça, je peux attendre un peu avant d’en trouver une autre d’occasion. La surconsommation, je crois qu’on en a un peu tous ras-le-bol.

Hocine

Fabien Ginisty