La zone euro dans le piège de la déflation

Par Dominique Plihon, économiste attérré.

La zone euro est la région du monde développé qui a le moins bien résisté au choc de la crise. Plus de 18 millions de personnes y sont au chômage. Mais il y a une autre source d’inquiétude : les prix ont baissé dans la zone à la fin 2014, ce qui peut être le début d’un processus de déflation, spirale négative entrainant une baisse durable des prix et des salaires. La déflation est dangereuse, car elle se traduit par une chute cumulative de l’activité et de l’emploi. Dans un climat de baisse des prix et d’incertitude, ménages et entreprises préfèrent différer leurs dépenses, ce qui déprime l’activité et l’emploi. De plus, sortir du piège de la déflation est extrêmement difficile. En témoigne l’expérience récente du Japon qui a subi une spirale déflationniste depuis les années 1990 dont il a du mal à sortir, malgré la thérapie de choc du premier ministre Shinzo Abe.

Les facteurs qui ont conduit la zone euro au bord de la déflation sont bien identifiés. Il y a bien sûr la baisse spectaculaire des prix du pétrole. Mais les causes profondes sont ailleurs : ce sont les politiques d’austérité budgétaire et salariale imposées par les dirigeants européens, et qui ont été érigées en dogme officiel avec l’adoption en 2012 du « Traité pour la stabilité, la coordination et la gouvernance » (TSCG)1.

Rénovation thermique, transports collectifs…

Face à ce risque de déflation, la zone euro n’a recours qu’à une seule arme : une politique monétaire non sélective. La Banque centrale européenne a prêté sans aucune condition aux banques plus de 1 000 milliards d’euros à des taux d’intérêt proches de zéro, avec un effet quasi-nul sur l’investissement. Ce qui n’est pas une surprise ! Les ménages et entreprises ne peuvent que s’abstenir d’investir dans le contexte récessif créé par les politiques d’austérité.

En refusant, par pur dogmatisme, d’abandonner l’austérité budgétaire et salariale, alors que la politique monétaire actuelle a atteint ses limites, les responsables européens font preuve d’un aveuglement coupable. Seul un changement de cap radical permettra d’éviter l’écueil de la déflation dont on a vu les risques considérables dans les années 1930. Le plan de relance de 310 milliards d’euros proposé par Juncker, le président de la Commission européenne, apparait insuffisant. Pour des impératifs sociaux et écologiques, il est urgent de mettre en œuvre un programme massif d’investissements publics dans les énergies renouvelables, la rénovation thermique de l’habitat et les transports collectifs. Pour enclencher un cercle économique vertueux, ce plan doit s’accompagner d’une augmentation du pouvoir d’achat et des dépenses sociales. Ce sont là des propositions du Nouveau Manifeste des économistes atterrés 2.

 

1 Les économistes atterrés, « L’Europe mal-Traitée – refuser le Pacte budgétaire et ouvrir d’autres perspectives », Les Liens qui Libèrent, 2012.

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2 « Nouveau Manifeste des économistes atterrés – 15 chantiers pour une autre économie », Les liens qui Libèrent, 2015.

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