Journées noires pour les associations

Collectif des associations citoyennes (CAC)

Le 10 novembre, le Collectif des associations citoyennes (CAC) appelait à une « journée noire des assos » pour protester contre la fin des emplois aidés. Reportage à Grenoble, où les manifestants nous ont confié leur colère, leurs inquiétudes et leurs interrogations.

Le Collectif des associations citoyennes (CAC) en France, et Repostes 38, en Isère, avaient appelé à une « journée noire des associations » sur tout le territoire.

« J’ai l’impression d’avoir assisté à l’enterrement des associations… » me confie un manifestant alors que nous bouclons le parcours de ce 10 novembre. A Grenoble, le cortège a démarré avec une centaine de personnes. Membres de syndicats ou d’associations, salariés, administrateurs, bénévoles ou simples adhérents, le groupe s’est clairsemé, mais a tenu bon sous le froid et après deux pauses symboliques : devant la Préfecture, car « c’est elle qui fixe les « quotas » de contrats aidés par arrêté régional, suite au vote des budgets et enveloppes au niveau national, et qui veille à leur application dans les départements », explique Lucie, membre du conseil syndical national de Solidaires Assos, puis devant le Rectorat, car l’Education nationale est aussi fortement touchée par cette diminution.

Quelques gais manifestants ont réchauffé les cœurs de leurs chants revisitées à la sauce militante tandis que les syndicats rappelaient les chiffres : 149 000 postes en contrats aidés en moins cette année et 110 000 l’an prochain. Actuellement recensés : 74 postes supprimés en Isère pour 58 structures associatives et 1100 postes supprimés dans l’académie de Grenoble. Tout en rappelant que les contrats aidés sont dénoncés depuis longtemps pour leur précarité, le collectif Repostes38, dans son appel signé par une trentaine de structures associatives du département de l’Isère, demande des moyens efficaces pour sauver les associations.

Fantômes et habits noirs

Dès 10h30 au local du syndicat Solidaires Asso, ils étaient cinq à préparer les pancartes et banderoles. Pour illustrer la gravité de la situation, le thème frôle le cynisme : draps blancs pour se déguiser en « gentils » fantômes, tenues de deuil, pierres tombales en guise de pancartes… Sur ces dernières, on lit le nom d’une association de quartier, son domaine d’intervention et le nombre de postes supprimés, ou menacés.

Le collectif s’est basé sur la « cartocrise » du syndicat pour les préparer. Cette carte participative en ligne, recense les pertes d’emplois effectives et/ou prévues et leurs conséquences à plus ou moins long terme pour les structures touchées en France. Une météo qui annonce beaucoup de diminutions, voire d’arrêt des activités des associations. Dans le cortège, Hélène, Sylvie et Monique (1) représentent le Mozaikafé, café solidaire de l’agglomération grenobloise. « On a déjà perdu un contrat. Le deuxième CAE se termine. Depuis trois semaines, ce sont les bénévoles du Conseil d’administration qui s’occupent de tenir le café. Et on a supprimé un jour d’ouverture. On est implanté dans le quartier Renaudie (classé politique de la ville, ndlr) à St-Martin-d’Hères, le café est un lieu social. On a 12 ans d’existence, on fait deux repas par semaine. Ça rayonne bien. On fait aussi des soirées jeux, chant, des ateliers couture… Beaucoup de social. » Quant à Nadège, qui démarre un projet de boulangerie solidaire avec d’autres personnes, les perspectives se sont brouillées subitement.

Ça fait six mois qu’on fait des fournées pour pouvoir se dégager assez d’argent pour s’embaucher en contrat aidé et d’un coup tous les plans tombent à l’eau. Pour moi, on réserve le secteur associatif à des gens qui ont du temps et de l’argent et on le ferme à d’autres.Nadège

État de survie


A Grenoble, la mobilisation aurait été environ trois fois plus importante que lors de la journée d’action du 18 octobre dernier, selon Thomas, ce jour-là porte-parole du collectif. Bien que compréhensif, il déplore cette faible participation : « Je pensais que [l’associatif] était un secteur en capacité de protester. Il a tout pour lui, tout pour plaider sa cause. Je trouve étonnant qu’on ne soit pas plus dégourdis pour trouver d’autres moyens d’action. »

L’un des aspects de la difficulté à mobiliser, c’est que tout le monde est en survie, l’énergie est mise sur les dossiers de subvention.Michel
Travailleur indépendant d’une association dans le domaine de la culture et de l’audiovisuel, il n’est pas directement concerné par les contrats aidés mais soutient le mouvement, pour dénoncer « un des aspects » qui menace les associations.
Le fonctionnement des associations, la baisse de la dotation dans les collectivités… obligent les associations à des activités de plus en plus chronophages, à savoir le montage de dossiers de subvention. Ce sont des dossiers compliqués, qui demandent du temps. On nous demande d’être de plus en plus dans la prestation. Avec le CAC, on demande des moyens globaux. Ce sont des choix politiques. On demande un plan d’urgence financier.Michel

Le milieu associatif reconnu


Parmi les manifestants, Martin est sans doute l’un des rares à soutenir le mouvement sans faire partie d’une association.

Comment faire pression quand on n’a pas d’impact économique ? J’ai la chance de gérer mon temps comme je veux, donc je suis venu ici, donner une visibilité au milieu associatif. Autour de moi, j’ai l’impression que les gens ne se rendent pas compte de l’utilité des associations.Martin
Est-ce que les gens comprennent que leur implication dans le domaine associatif est déterminante ? Le monde associatif permet de débourser moins. Les gens ne se rendent pas compte de ce qu’un club de sport coûterait sans subventions. Il est nécessaire que les gens qui en bénéficient s’impliquent plus, que l’on sorte de logiques de consommation. Le gouvernement tape là où il pense que cela fera le moins de remous. Mais les associations portent les valeurs républicaines. 16 millions de personnes œuvrent quotidiennement au vivre ensemble, c’est un affrontement symbolique.Thomas
Les associations, ce sont « 14 millions de bénévoles et 1,8 millions de salariés ».Thomas

Lucie Aubin

1 – Certains prénoms ont été modifiés.

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