Au Guatemala, un lycée en plastique recyclé

San Juan la Laguna, Guatemala : niché au creux des montagnes qui retiennent le lac Atitlan, ce bourg de 10 000 habitants est visité par les touristes pour sa quiétude et ses paysages. Beaucoup moins pour son lycée… Et pourtant ! Le bâtiment est hors-normes, dans tous les sens du terme : certains murs sont faits de bouteilles en plastique !

C’est grâce à l’opiniâtreté de Daniel Hernandez Cholotio, un enseignant de ce lycée de jeunes filles, que le projet est né et s’est concrétisé. Il y a vu un outil pédagogique formidable pour montrer à ses élèves – et à leurs parents – en quoi les déchets peuvent constituer une richesse. Le professeur et les lycéennes ont ainsi collecté 4 000 bouteilles auprès de leurs familles. Une fois remplies, elles ont constitué les murs du bâtiment. Seul problème : le refus d’autorisation du ministère de l’Éducation « – Impossible ! – Pas en déchets ! – Ça va tomber ! » « Donc, qu’avons-nous fait ? Nous l’avons quand même construit en cachant bien les bouteilles dans les murs, indique le professeur malicieux. Et une fois les papiers signés, « merci beaucoup, voici notre lycée en bouteilles plastique ! » », dévoilant, derrière le tableau blanc, une partie du mur qui n’avait pas été crépie, avec vue sur le matériau interdit (1).

Des projets éoliens

L’élan du professeur ne s’est pas arrêté là : les lycéennes sont devenues des « ambassadrices du tri » dans leurs familles. Désormais, les habitants trient plastique, papier et métaux, et régulièrement, un camion part pour la capitale Guatemala afin de vendre le fruit de la récolte, fournissant ainsi un complément aux maigres revenus de la population. Quant aux déchets organiques, ils sont désormais compostés et réutilisés dans les parcelles familiales. Et Daniel Hernandez Cholotio voit déjà plus loin.

Ce que l’on veut faire, c’est générer notre propre énergie. Hernandez Cholotio

Aujourd’hui dépendante d’un réseau vétuste qui lui fournit une électricité à des tarifs prohibitifs, la communauté de San Juan dispose pourtant, d’après l’enseignant, de ressources d’énergie renouvelable qui lui permettrait d’être autonome. Les projets éoliens, de centrale hydroélectrique, de panneaux photovoltaïque sur les toits, il les a déjà longuement mûri… Reste à convaincre les élus locaux que ce n’est pas « impossible ! »

F.G., avec Les vagabonds de l’énergie.

(1) François Glaizot et Clément Bresciani sillonnent le monde à la rencontre d’initiatives locales autour de l’énergie. Leur projet, et les reportages qu’ils réalisent sont disponibles sur : http://www.vagabondsenergie.org/fr/