Quand un groupement foncier agricole aide les paysans

Dessin : Claire Cordel
Dessin : Claire Cordel

Dans l’Aveyron, un groupement foncier agricole, en achetant des terres pour des fermiers qui ne pouvaient pas emprunter, leur a permis de poursuivre leur activité agricole.

S’acheter de la terre c’est se mettre un boulet au pied, en revanche le GFA c’est juste génial ! » Claire Escudier est encore aujourd’hui toute émue quand elle parle de cette « aventure humaine », qu’elle a vécue avec Émilien Chesneaux, son compagnon. Dans leur cas, le groupement foncier agricole (GFA) s’est révélé un outil très efficace qui a permis à 67 personnes d’acheter collectivement 12 hectares à Brandonnet (12). Claire et Émilien ont pu ainsi rester sur les terres qu’ils cultivaient. Ils n’avaient pas d’argent pour les acheter, pas de possibilités de faire de nouveaux emprunts, et le bras de fer était engagé avec les propriétaires, eux-mêmes anciens exploitants. Pressés de récupérer une somme d’argent conséquente, ceux-ci mettaient la pression pour vendre. Les relations entre propriétaires et fermiers, bonnes au départ, étaient devenues extrêmement tendues.

Des propriétaires pressés de vendre

Émilien, très engagé dans l’écologie, s’est installé en 2010 pour faire du maraîchage bio. Il avait presque 10 000 euros et cherchait des terres en location. On ne voulait pas être propriétaire. L’idée était de commencer petit. On a eu l’opportunité de louer 5,6 ha, certifiés AB, à des propriétaires, qui pour des problèmes de santé, ne pouvaient plus travailler. raconte Claire
Un an après, les propriétaires ont mis des hectares supplémentaires en location, ce qui a permis à Émilien d’ajouter un troupeau ovin, de cultiver une variété ancienne de blé panifiable en alternance avec des lentilles, et de produire 1000 litres de jus de pomme par an. Peu à peu, la ferme a trouvé son équilibre sur 17 ha en location. Les produits sont vendus sur le marché de Villefranche-de-Rouergue et à Saveur Paysanne, un magasin collectif qui regroupe 23 associés. Tout allait pour le mieux, quand en 2013, les propriétaires, pressés de vendre, mettent les fermiers au pied du mur. Terre de liens, qui venait d’acheter une grosse ferme, n’avait plus un sou. « Ça a commencé à coincer. Les propriétaires n’étaient pas contents, c’était leur projet qui s’effondrait. » Émilien, installé depuis trois ans, avait un peu de fonds de roulement et pas de dettes. Il décide alors d’emprunter et achète les 5,6 premiers hectares, à raison de 7 000 euros l’hectare. « Ça faisait un gros emprunt, mais on voulait jouer le jeu vis-à-vis d’eux. » Il restait alors 12 hectares à acheter, pour lesquels une solution devait être trouvée. Ce sera le GFA.

« Des terres qui appartiennent à tous »

Claire et Émilien lancent sa création pour réunir 50 000 euros, montant fixé pour acheter les 12 ha, à l’issue d’âpres négociations qui ont fait dire à Claire : « C’est horrible. La terre c’est la guerre. » Dans un petit tract qu’ils distribuent au marché et à Saveur paysanne, le couple explique sa démarche auprès d’une population qui connaît et apprécie ses produits. La part de GFA est fixée à 500 euros, remboursables à partir d’un délai de trois ans, avec le principe « d’une personne égale une voix », quel que soit le nombre de parts. Le retour ne se fait pas attendre : « Dans un élan superbe », 67 personnes répondent à l’appel des paysans, réunissent 57 700 euros, et fondent le GFA en 2015.

Les gens, je les ai embrassés. C’était beau et fort. La famille a participé, mais la grande majorité, ce sont des locaux qui ont pris une part. Il y a même le groupe des « sans sous » : ils se sont mis à six pour acheter une part !
Le GFA est ainsi devenu propriétaire des 12 ha de terres, Émilien et Claire en sont les fermiers. Le montant de leur fermage sert à payer les frais du GFA, à savoir les frais bancaires et l’impôt sur les sociétés. Claire ne cache pas le plaisir qu’elle a « de marcher sur des terres qui appartiennent à tous. C’est un outil de travail. Quand on s’en ira, ce sera aux autres de le prendre. »
Grâce à une subvention régionale de 25 000 euros, un peu tombée du ciel, Claire a pu rembourser cette année 50 sociétaires… Finalement déçus de récupérer leur argent : « Ils n’’étaient pas pressés de quitter le GFA, devenu une grande famille ! » Et pour Claire, ce n’est pas fini : elle pense à des « tonnes de copains qui ont des difficultés pour s’installer », et se dit que « le GFA pourrait un jour racheter d’autres terres ».

Nicole Gellot