Giec, le réchauffement au présent

Les rapports du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) se succèdent et il faut bien dire ce qui est : leur lecture n’est jamais très bonne pour le moral… C’est toujours à peu près la même histoire : on attend fébrilement les nouvelles analyses des experts pour savoir à quelle sauce on va être mangé. On connaît désormais les principaux ingrédients : montée des températures moyennes, acidification et élévation du niveau des océans, phénomènes climatiques extrêmes de plus en plus fréquents… N’en jetez plus ! Rapport après rapport, la recette se précise et, surtout, le degré de certitude des experts. En avril, ils ont rendu publique la synthèse du second volet de leur cinquième rapport d’évaluation. Quoi de neuf ? Les experts jugent désormais comme « extrêmement probable » le fait que l’activité humaine soit « la cause principale du réchauffement observé depuis le milieu du XXe siècle. » Le Giec écrit par ailleurs : [quote cite= »GIEC »]Le réchauffement du système climatique est sans équivoque, et depuis les années 1950, beaucoup des changements observés sont sans précédent sur les dernières décennies à millénaires. L’atmosphère et l’océan se sont réchauffés, l’étendue et le volume des neiges et glaces ont diminué, le niveau des mers s’est élevé, et les concentrations des gaz à effet de serre ont augmenté.[/quote]

On vous passera les prévisions des experts qui prévoient, selon les scénarios (c’est-à-dire selon la quantité de gaz à effet de serre qui sera émise au cours des prochaines décennies), une élévation de la température comprise entre 0,3 °C et 4,8 °C pour la période 2081-2100, par rapport à la moyenne de 1986-2005. Intéressons nous un peu au présent. Car nous ne sommes plus seulement au stade de l’étude : alors que la température a augmenté de 0.85 °C depuis l’époque pré-industrielle, les conséquences du dérèglement climatique sont déjà palpables.

« DÉCALER LES RÉCOLTES »
Le 24 mars, Sciences Po Paris a organisé une conférence nommée « Changements climatiques : la parole aux témoins ». Des paysans de l’hémisphère Sud ont, pour l’occasion, été invités afin de rapporter les conséquences concrètes du dérèglement climatique auxquelles ils étaient confrontés. América Castillo Cunyas, agricultrice installée dans les Andes péruviennes, a par exemple expliqué être forcée de « décaler les récoltes pendant la saison des pluies » en raison des pics de chaleur, des vagues de froid et du manque d’eau. « Du coup, nous avons choisi de semer à nouveau des espèces de pommes de terre typiques de notre région, qui consomment moins d’eau et résistent mieux aux intempéries. » Et aucune amélioration ne s’annonce : « Le village de La Chamiseria est très menacé par la sécheresse car il dépend du glacier Huayatapallana pour son approvisionnement en eau. Or, celui-ci fond de plus en plus vite et il y a moins de neige pour l’alimenter. »
Hindou Oumarou Ibrahim, coordinatrice de l’Association des femmes peules autochtones du Tchad, a pour sa part expliqué pourquoi le changement climatique obligeait les éleveurs nomades à se déplacer de plus en plus souvent, et de plus en plus loin. [quote cite= »Hindou Oumarou Ibrahim »]Nous subissons des vagues de chaleur de plus en plus fortes qui rallongent les périodes de sécheresse. Mais nous sommes aussi victimes de très fortes pluies qui, au lieu de lui bénéficier, emportent la végétation nécessaire pour nourrir notre bétail.[/quote] Au Bangladesh, « les infiltrations d’eau salée sur les terres cultivables et dans les nappes phréatiques se multiplient à la suite des typhons », a expliqué Khatun Khukumoni Shahanara, habitante de Satkhira, où la ressource en eau potable est de plus en plus faible.
« Notre maison brûle, et nous regardons ailleurs », disait Jacques Chirac en 2002. Douze ans plus tard, notre maison brûle toujours, mais, cette fois, on la regarde brûler. Les plus optimistes verront un progrès dans ce changement d’attitude. Désolés, mais en attendant que des mesures globales soient prises pour tenter d’éteindre l’incendie, nous n’avons trouvé que cela pour positiver un peu.

Nicolas Bérard et Olivier Mary, en partenariat avec reporterre.net

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