Compétitive, la forêt ?

La forêt française doit devenir compétitive : Stéphane Le Foll l’a dit en novembre dernier, lorsqu’il a présenté aux députés son projet de Loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt. Le ministre a déploré le « retard qu’accuse la filière bois », son « déficit commercial », le « morcellement de la forêt privée » et la « sous-exploitation de la ressource ».
Pour favoriser la « mobilisation » du bois, qui doit « contribuer au développement productif du pays », le projet de loi prévoit notamment un nouveau dispositif : le Groupementd’intérêt économique et environnemental forestier (GIEEF), dont les membres seront récompensés par des incitations fiscales. Il aura pour but d’inciter les propriétaires privés à se regrouper pour organiser la gestion et la commercialisation de leurs arbres.

« UNE CONCEPTION MINIÈRE »…
« On assiste à une régression vers une conception minière de la forêt », nous disait en novembre Etienne Decle, ancien exploitant forestier et membre du Réseau pour les alternatives forestières dans les Hautes-Alpes. « On regarde combien il y a de bois, et on se donne tous les moyens de le récupérer. »
Dans la bouche du ministre, les enjeux sociaux et écologiques ne sont pourtant pas oubliés. Stéphane Le Foll parle de « gestion durable et multifonctionnelle » de la forêt, de sa « contribution au développement des territoires », de son rôle dans le stockage du carbone et le maintien de la biodiversité. La loi prévoit que les GIEFF tiennent compte, dans leurs programmes de coupes, des « composantes écologiques et sociales » des parcelles. Elle met aussi en place des commissions départementales de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers, qui auront un rôle consultatif.
Mais pour le collectif SOS Forêt France, on est très loin du compte : le discours sur « l’exploitation durable » des arbres ne s’appuie sur aucun critère précis, que ce soit en matière de gestion forestière (types de coupes, engins utilisés…) ou de choix économiques (quelle taille d’entreprise privilégier).

SOS FORÊT PROPOSE DES AMENDEMENTS
Créé en Lorraine en 2011, SOS Forêt est né de la rencontre entre des agents de l’Office national des forêts (ONF) et des organisations de protection de l’environnement. Fin 2013, il a pris une dimension nationale et a réagi au projet de loi du gouvernement. L’analyse du collectif commence par une mise en garde : la forêt française ne serait pas aussi sous-exploitée que la direction de l’ONF et les responsables politiques l’affirment.
La réalité « est beaucoup plus complexe vue des territoires. Si la surface forestière
a augmenté depuis 30 ans, la qualité écologique des forêts et la qualité du bois se dégradent. » Si certaines zones sont très peu exploitées car inaccessibles et peu rentables, d’autres sont en effet soumises à une surexploitation. En témoigne la coupe d’arbres de plus en plus jeunes, au diamètre de plus en plus réduit, explique le collectif.
SOS Forêt dénonce aussi les difficultés d’accès à la ressource pour les scieries artisanales, de plus en plus concurrencées par les gros acheteurs. Le collectif craint à ce sujet que les nouveaux groupements forestiers, créés par la loi, ne viennent aggraver cette concurrence.
Pour éviter ces dérives, SOS Forêt demande que la « durabilité » des plans de gestion de ces groupements soit évaluée en fonction de leurs pratiques sylvicoles. Le maintien et la plantation de forêts de feuillus diversifiées, les coupes sélectives, la promotion du savoir-faire des bûcherons doivent, selon le collectif, être favorisés, plutôt que la monoculture, les coupes rases et une mécanisation de plus en plus lourde qui tasse les sols.
Il dénonce enfin une disposition de la loi qui, pour la première fois depuis des siècles, ouvre la porte à une régression de la surface forestière, en autorisant de compenser financièrement, et non par une plantation, certains défrichements.
La loi sera discutée par les sénateurs, en séance publique, au mois d’avril. SOS Forêt a envoyé des propositions d’amendements aux parlementaires concernés.
Le site foretsebouger.tumblr.com permet de soutenir cette démarche en écrivant aux élus.

Lisa Giachino

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