Etats généraux de l’alimentation : une mascarade

Alimentation

Début juillet, le gouvernement Macron a lancé en grande pompe les états généraux de l’alimentation. Cependant, la précipitation et l’opacité qui entourent ce « débat » empêchent justement qu’aient été débattues, collectivement, les conditions dans lesquelles il a lieu. Et ces #EGAlim, comme on dit, ne sont pas organisés par n’importe quelle Direction du ministère de l’Agriculture : c’est la Direction de la performance économique et environnementale des Entreprises qui en est le chef d’orchestre. L’objectif est avant tout économique.
L’atelier 4, intitulé « conquérir de nouvelles parts de marché sur les marchés européens et internationaux », ou l’atelier 6, « adapter la production agricole aux besoins des différents marchés et aux besoins des transformateurs », sont caractéristiques de la continuité idéologique dans laquelle les gouvernements successifs pensent l’agriculture et l’alimentation du futur.
Deux autres éléments très concrets nous incitent à ne pas faire confiance à ces états généraux. Tout d’abord, le choix des présidents d’atelier révèle une prépondérance de l’industrie. Sur les vingt
présidents, huit sont issus de l’industrie agro-alimentaire, six sont des élus, deux représentent la recherche publique et seulement deux l’intérêt général d’un point de vue associatif -la CLCV, association de défense des consommateurs, et le réseau Alerte, fédération d’associations de lutte contre l’exclusion. Il est tout de même curieux d’avoir mis, à la tête de l’atelier « Rendre les prix d’achat des produits agricoles plus rémunérateurs pour les agriculteurs », le directeur général de « Produits frais Danone », et le P-DG de Système U ! Un-e paysan-ne n’aurait-il pas été plus pertinent à cette place ? Encore, notons la forte présence de l’industrie agricole non alimentaire : le groupe Avril et ses agrocarburants, le réseau Trame et la méthanisation, Adivalor et le recyclage des déchets plastiques… Certaines ONG et la Confédération paysanne ont fait le choix d’être présentes dans les ateliers. On retrouve ainsi un ou deux acteurs par atelier à défendre une transition agro-écologique, parmi des dizaines de techniciens, d’experts et d’acteurs économiques privés. Le déséquilibre de points de vue est flagrant. Ces états généraux sont tout sauf des états généraux.

Christophe Noisette, Inf’OGM
www.infogm.org