Energie renouvelable : le paradoxe islandais

Les centrales à géothermie apportent les 29 % d'électricité restants...

Un pays alimenté à 100 % avec de l’électricité renouvelable, qui dit mieux ? L’Islande y est parvenu en mettant à profit ses atouts naturels, à commencer par ses très nombreux fleuves. Les barrages hydroélectriques fournissent ainsi un peu moins des deux tiers de la consommation électrique du pays. L’île de l’Atlantique Nord s’appuie en second lieu sur la forte activité géologique du territoire. Les centrales à géothermie apportent ainsi les 29 % d’électricité restants.

Mais ce n’est pas tout… Car l’Islande a également développé, toujours grâce à la géothermie, des réseaux de chaleur pour chauffer les habitations. La quasi-totalité des logements est désormais chauffée grâce à cette énergie inépuisable. Et ce n’est pas rien, dans un pays où la température moyenne annuelle est de 4,4 °C. Résultat : 86,8 % de la consommation d’énergie primaire du pays est d’origine renouvelable, dont 70 % environ provient de la géothermie. Et le potentiel de l’île est encore largement sous-exploité. L’État a notamment pour projet de développer les véhicules électriques, qui auraient là-bas un véritable intérêt écologique puisqu’ils seraient alimentés par de l’électricité d’origine renouvelable.

Le pays compte, certes, peu d’habitants (350 000). Mais il doit quand même produire beaucoup d’énergie, puisque 85 % de l’électricité est destinée à l’industrie. C’est un peu l’effet rebond de cette énergie renouvelable, abondante et peu chère : de nombreuses industries sont venues s’installer sur le territoire pour en profiter, parmi lesquelles des plus polluantes, comme la production d’aluminium, fortement émettrice de gaz à effet de serre. À cause des émissions de ces industries, et malgré le fait que le pays produise surtout de l’énergie renouvelable, l’Islande ne pourra pas respecter les accords de COP 21 signés en 2015 à Paris, selon un rapport publié par l’Institut des études économiques de l’Université d’Islande. Ainsi, le paradoxe islandais en révèle un autre, relatif, cette fois, à ces grands accords internationaux. Certes, l’Islande ne respectera pas ses engagements dans la lutte contre le réchauffement climatique. Pourtant, en accueillant sur son sol des grandes industries, qu’elle alimente en énergie renouvelable, elle participe à les rendre moins polluantes.

NB