Ecotourisme : la pédagogie par l’exemple

Phytoépuration, chantiers collectifs, toilettes sèches… Des lieux proposent un tourisme écologique « ni d’apparence, ni de luxe ». Tournez à l’embranchement des trois eucalyptus, nous sommes au bout du chemin ! » Après la pancarte « U paesolu di a suvera e a u ventu… », trois bacs en bois indiquent gaiement le compost, et donnent la couleur aux estivants qui s’aventurent entre les forêts de Castagniccia et les plages de la côte orientale. Près du village de Cervione, Pascale Tourrenc et Gilles Vandernoot ont construit L’écohameau du chêne liège au vent, cinq gîtes pour développer un tourisme « écologique » qui ne soit « ni d’apparence, ni de luxe ».

INTÉGRATION PAYSAGÈRE
Les petits habitats se fondent dans la colline, laissant leurs occupants profiter en toute intimité de la vue sur la mer. Après avoir « démaquisé » (débrousaillé), le couple a revu ses rêves à la baisse pour obtenir les permis. Adieu cabanes en bois, cuisine et douches centrales « comme en Norvège »… Il fallait construire en dur, pour respecter l’agrément qui oscillait entre camping et résidence de tourisme. Si les toilettes sèches ont été abandonnées par les Vandernoot, qui estimaient le principe encore « prématuré dans l’esprit des gens », et « difficile à gérer pour 35 personnes, concernant le compostage », le couple a tenu bon pour la phyto-épuration :

Le permis de construire a été refusé deux fois à cause de cela. Mais aujourd’hui, les écoles et universités viennent le visiter pour l’exemple.Pascale

L’écohameau a mené ses fondateurs, héritiers des terres familiales, à la redécouverte du patrimoine de la région. Souhaitant construire en local, le couple a vite constaté le manque d’artisans et de matériaux. Plus de châtaigniers pour les poutres, ni de pins laricio, encore moins de séchoir pour obtenir un bois suffisamment sec. Bien entourés et très motivés pour relancer une filière bois, ils ont contribué à monter un projet de scierie, aujourd’hui en activité sous le statut de Scic (Société coopérative d’intéret collectif, voir le reportage en p.1 du journal 110). Puis la Sardaigne toute proche a servi d’exemple pour l’utilisation de briques « monomur » en terre cuite et aux propriétés isolantes, à la place de la paille, inappropriée dans cette région très humide. Les Vandernoot ont également écorcé leurs propres chênes-liège pour une partie de l’isolation.

IMMERSION COMPLÈTE
Un couple, deux ouvriers et une dizaine de personnes parfois sur les chantiers. Le lieu garde un esprit de partage, entre touristes et habitants. Pascale et Gilles organisent des rencontres avec les producteurs et les artistes voisins : fromage, charcuterie, maraîchage, distillation, musique… Et noisettes de la noiseraie qui existait sur place. « Pourquoi ne pas participer aussi aux actions quand on est touriste ? » Pascale se félicite de l’implication de chacun. Le bâtiment central et collectif aide à ces rencontres, qui, progressivement, effacent l’étiquette de « fous complets », attachée à Pascale et Gilles depuis leurs débuts.
Près de Vico, au nord d’Ajaccio, Jean-Yves Torre ne passe pas pour moins fou. Bien que ses engagements et son mode de vie lui aient valu deux incendies criminels, il n’a pas attendu d’agrément pour proposer un lieu avec le label Accueil Paysan, « seul label sympa » à ses yeux, car emprunt de paysannerie et d’éducation populaire. Un gîte, une yourte et plusieurs emplacements de tentes pour accueillir une trentaine de personnes, ne l’empêchent pas d’exercer ses activités de paysan et d’artisan. Ce militant engagé dans bien des causes – depuis le centre d’enfouissement situé à moins d’un kilomètre de là, aux peuples amérindiens, en passant par la lutte pour le foncier agricole, les réfugiés ou la Palestine – travaille le cuir issu d’un tannage végétal, tout en cultivant légumes, fruits et lien social. Ses méthodes : l’agro-écologie et l’« agro-tourisme », au milieu de potagers disséminés aux quatre coins de son terrain et mêlés aux herbes et fleurs sauvages. Le lieu, baptisé l’Aliva, qui signifie l’Olive, « parce qu’il y avait beaucoup d’oliviers dans la région », est équipé en phyto-épuration, toilettes sèches, produits écologiques… Ici aussi, un peu de pédagogie par l’exemple fait avancer les esprits : « je montre le compost, et quand je dis ce que c’est, les gens sont surpris, mais agréablement », témoigne-t-il. L’accueil, en place depuis quatre ans, est en passe de continuer, avec en projet : cabane dans un arbre, tipi et forum social au printemps.

Lucie Aubin

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