Do it yourself

Si une machine à coudre casse, on ne peut pas la réparer. Le peu [de professionnels] qui restent doivent se serrer les coudes, face à cette perte de compétences.

Béatrice Barras est l’une des fondatrices de la coopérative Ardelaine, une entreprise de 46 salariés qui, malgré les difficultés du secteur textile, n’a jamais cessé de se développer depuis 30 ans (lire notre reportage). Elle pose la question de l’avenir des métiers qui font appel à la mécanique : [quote cite= »Cécile Viallon »]Je vois des jeunes très motivés pour l’agriculture, le bois et la charpente, les métiers liés à la nourriture… Mais sur les métiers techniques, et en particulier le textile, ils ne sont ni motivés, ni compétents. Et cela m’inquiète. Il n’y a pas beaucoup de formations en mécanique. Il va falloir faire quelque chose ! [/quote]

Les métiers de l’industrie et de l’artisanat sont dépréciés par une part importante de la société, qui n’y voit pas de perspectives de réussite personnelle et financière. Les formations professionnelles en milieu scolaire sont loin de représenter ce que les parents rêvent pour leurs enfants : destinées aux élèves qui, pour une raison ou une autre, ont raté la marche de l’école, elles sont toujours considérées comme une filière de relégation. Malgré une volonté, au sein du système éducatif, « d’assurer une égale dignité à la voie professionnelle en l’alignant sur la durée des cursus des voies générale et technologique » (1), la séparation entre travail manuel et travail intellectuel à la vie dure.

Le phénomène s’accentue d’autant plus que là où la génération précédente connaissait souvent la mécanique, qui permet de se sortir d’un grand nombre de situations du quotidien, celle d’aujourd’hui baigne dans le numérique. Une tendance qui, selon le philosophe Mathew Crowford, pourrait amener les membres de la société moderne à perdre leur autonomie.

Mathew Crowford a la particularité d’être philosophe à l’université de Virginie, aux Etats-Unis, et réparateur de motos. Interviewé par le magazine L’Ecologiste (2), il explique ce contre quoi il s’insurge :

Dans mon livre L’éloge du carburateur, j’évoquais le fait que lorsque nous soulevons le capot de notre voiture, se présente désormais à nous un autre capot sous le capot, comme pour nous préserver de la vision insoutenable que provoquerait l’apparition d’un alternateur. Les voitures haut de gamme, chez Mercedes par exemple, ne contiennent même pas de jauge pour pouvoir vérifier où en est l’huile. Au lieu de cela, on vous envoie un e-mail lorsque votre niveau d’huile commence à baisser. Je trouve ça assez effrayant.

L’auteur estime que cet exemple, qui est la manifestation d’une tendance plus générale, montre que nous avons de moins en moins souvent l’occasion de nous montrer responsables face à notre environnement physique. Nous nous laisserions déposséder de la prise de responsabilité.

Nous nous complaisons dans la dépendance. Que ce soit vis-à-vis d’autres personnes ou de technologies – qui sont fragiles- et peuvent nous lâcher en cours de route .

C’est pourquoi Mathew Crowford ne cache pas sa sympathie pour le mouvement « do it yourself », qui « puise ses forces dans le besoin humain d’observer les effets directs de nos actes dans le monde et savoir que ces actes sont véritablement les nôtres ». Après une journée passée au bureau, la question : « Qu’avons-nous accompli ? » reste souvent sans réponse, explique l’auteur. « Les gens rentrent alors chez eux et tricotent un chandail ou construisent quelque chose, afin de tenter d’établir cette connexion qu’il leur a tant fait défaut pendant la journée ! »

Nicole Gellot

1-Veille scientifique et technologique de l’Institut national de recherche pédagogique. 2- membre associé de l’université de Lyon. n°41, automne 2013

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