Pour défendre le salaire minimum

Jonathan Stutz

Comme chaque année, un groupe de cinq experts vient de se prononcer contre la revalorisation du SMIC.

Pire, ils demandent maintenant que soit remises en cause ses règles d’évolution, qui font que le SMIC est indexé sur l’inflation et que son pouvoir d’achat augmente comme la moitié de celui des ouvriers et employés. Ce n’est pas étonnant, le gouvernement choisit ses experts, qui se sont toujours prononcés contre le salaire minimum, contre le droit du travail, et même contre le débat en matière économique. Cette mise en cause est particulièrement malvenue, quand l’Allemagne introduit un salaire minimum, quand le Royaume-Uni augmente le sien, quand la France plaide pour l’harmonisation sociale en Europe. Un salaire minimum de 60 % du salaire médian dans chaque pays éviterait la pression à la baisse sur les salaires par l’importation de travailleurs, immigrés ou détachés, sous-payés. Un niveau satisfaisant du salaire minimum valorise le travail et évite que certaines entreprises ne profitent trop de la situation de salariés en difficulté. Le problème est que le salaire minimum est aujourd’hui contourné, par le travail rémunéré à la tâche et surtout par le pseudo auto-entreprenariat ; qu’il ne protège plus de la pauvreté en raison du développement du travail précaire, à temps partiel.

Faire payer les crises financières aux smicards
Qui peut croire que le SMIC nuit à la compétitivité alors qu’il ne concerne que 6 % des salariés de l’industrie, que son coût pour l’entreprise n’est que 37 % de celui du salaire moyen ? Quel est son poids par rapport à celui de la financiarisation (dividendes et salaires des hauts dirigeants) ? La plupart des emplois au SMIC sont aujourd’hui des emplois de services indispensables. La hausse du SMIC ne va pas faire disparaitre le besoin de manutentionnaires, d’agents de nettoyage, de serveurs, d’aides-soignantes.
Faut-il supprimer le lien entre l’évolution du SMIC et celle du salaire moyen ? Très vite, le SMIC perdrait son rôle et l’écart des salaires se creuserait encore dans les entreprises. Faut-il, comme le préconisent les experts, avoir la possibilité de faire payer aux smicards les crises financières induites par l’avidité des marchés financiers en réduisant encore la consommation des ménages ?
Les experts prétendent compenser la baisse du SMIC par la hausse de la prime d’activité, comme si les contraintes financières imposées par l’Europe ne pesaient pas sur les dépenses sociales. Une fois le SMIC abaissé, l’argument « il faut que le travail paie » aboutira vite à la baisse du RSA. La France ne doit pas se donner comme objectif de baisser le niveau de vie des plus pauvres.

Henri Sterdyniak, économiste atterré.