Classe renversée : apprendre autrement

Dans la classe renversée, il y a 40 professeurs et un élève. Ce monde à l’envers s’appuie sur le principe que « la meilleure façon d’apprendre est d’enseigner ».

Désormais vous ferez tout, je ne ferai plus rien. » Cette annonce de Jean-Charles Cailliez devant une classe d’étudiant·es, le jour de la rentrée, a dû en surprendre plus d’un·e. Le professeur renonçait à ses cours magistraux de génétique moléculaire, leur préférant une approche originale : la classe renversée. Cette initiative lancée en 2013 est l’une des expérimentations d’un programme d’innovation pédagogique de l’Université Catholique de Lille, appliqué dans ses cinq facultés. « On ne leur donne aucun document, juste les titres des chapitres, charge à eux de tout faire », résume Jean-Charles Caillez (1). Enfin presque ! Les étudiant·es cherchent l’information, la trient, la référencent, écrivent les chapitres, l’illustrent, trouvent des films, etc. Ils préparent les interrogations écrites et les devoirs à la maison, destinés au professeur, qu’ils devront corriger. Les élèves, toujours eux, publient ensuite l’information sur une plate-forme collaborative et discutent avec le prof sur ce qu’ils produisent.
Détail pratique, la séance commence à 8 heures, et dure deux à trois heures, sans pause. Les étudiant·es peuvent entrer et sortir, s’organiser à leur convenance. Ils travaillent par équipes de six à sept personnes qui mélangent différents niveaux et au sein desquelles ils se répartissent les tâches. Chaque séance commence par de petits exercices « bizarres » : QCM intelligent, interrogation renversée, karaoké, ping-pong… permettent d’approfondir ou de revoir des notions. Outil fondamental de la séance, le tableau tournant sur lequel les élèves produisent une réponse à une question posée par le prof. Toutes les trois minutes, ils tournent ce qui permet à chaque groupe de continuer le travail commencé par le groupe précédent. Le prof obtient ainsi six ou sept tableaux différents co-construits qui seront examinés avec les élèves pour vérifier ce qui a été produit.
Le cours en lui-même est donné par des étudiant·es volontaires de chaque groupe qui présentent les parties les plus importantes de leur chapitre, pendant 10 à 15 minutes. Le prof jouant le rôle du « candide » pose des questions et, si nécessaire, reprend son rôle d’enseignant en complétant et réexpliquant.

C’est une très bonne méthode car la meilleure façon d’apprendre est d’enseigner.Jean Charles Cailliez.

« Nous n’étions plus passifs, mais actifs en cours »

Derrière ce tableau très prometteur, on découvre que le travail collaboratif qui « permet à chacun d’apprendre à son rythme », n’a pas convaincu tous les élèves de licence 3 (Sciences de la vie et Agroqual), ayant suivi le cours de génétique moléculaire en classe renversée. Invité·es à s’exprimer sur cette méthode pédagogique, en mai 2016, un tiers des étudiant·es dont les réponses ont été publiées (1), mettent en cause le fonctionnement du groupe. Ils notent que des élèves « comptaient un peu trop sur les autres pour faire avancer les chapitres ».

Certains, très peu présents, ont eu la même note que d’autres qui sont venus à toutes les séances.
. Autre point négatif qui touche cette fois directement l’apprentissage, des étudiant·es ont regretté que le professeur « n’ait pas corrigé toutes les erreurs faites dans les chapitres », ce qui aurait évité de les apprendre pour les examens. Des informations incohérentes ont pu obliger certain·es à faire leur propre recherche et des questions individuelles sont restées sans réponse. En revanche, le principe de la classe renversée selon lequel les élèves écrivent le cours et l’expliquent au professeur a fait la quasi-unanimité. S’ils ont pu parfois être désarçonné·es, les élèves ont apprécié de travailler d’une manière différente, privilégiant l’autonomie, la recherche et l’implication personnelle : « nous n’étions plus passifs, mais actifs en cours » ; « Un cours magistral aurait été plus approfondi mais pas forcément adapté à nous » ; « On a pu voir si notre manière d’expliquer ce que nous avions compris dans le cours convenait aux autres élèves. »

Nicole Gellot
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1- http://blog.educpros.fr/jean-charles-cailliez/tag/classe-renversee/