Attractivité : l’obsession

En janvier dernier, Emmanuel Macron invitait à Versailles 140 « grands » patrons étrangers dans une entreprise de séduction qui visait à les convaincre de « choisir la France ». En France, l’attractivité est devenue une obsession qui se transmet de gouvernement en gouvernement. Au niveau international ou local, les États et les territoires font régulièrement l’objet de classements relayés par les médias. On entend ainsi que la France retrouve son attractivité, on lit que Londres est la métropole la plus attractive du monde (cabinet PWC). On trouve dans la presse régionale que la Nouvelle Aquitaine est la Région la plus attractive de France (Sud-Ouest), à moins que ce ne soit l’Occitanie (La Tribune) ou la Bretagne (Ouest France) ; chacun s’arrangeant avec ses critères et ses classements.
Que faut-il faire, finalement, pour être un champion de l’attractivité ? Et a-t-on vraiment intérêt à l’être ? Les classements, établis par des organismes privés, peu soucieux de méthodologie, prennent en compte notamment le dynamisme économique à travers le PIB, les investissement publics et privés, la qualité des infrastructures, le niveau d’éducation et la « facilité à faire des affaires ». Moins l’État intervient dans la vie de l’entreprise, plus il permet à son pays d’être un territoire attractif. On s’étonnera peu, dès lors, de voir Hong-Kong, Singapour ou la Suisse truster le haut des classements internationaux.

UN JEU NON COOPÉRATIF
La France peut-elle rivaliser avec ces paradis fiscaux ? Et surtout, y a-t-elle intérêt ? La compétition que se livrent les territoires pour attirer le plus d’investissements possibles s’est traduite ces dernières décennies par une course au « moins-disant » : moins d’impôt, moins de social ou encore moins de normes environnementales. Cette course est vaine et ne se fait pas automatiquement, contrairement à ce qui fut indiqué par l’Elysée lors du Sommet de l’attractivité à Versailles, « au bénéfice de l’investissement et de l’emploi ». Les 25 millions d’euros de subventions publiques accordées depuis 2013 à Ford pour maintenir son activité à Blanquefort, plutôt que de contribuer à la dynamique du territoire, de l’innovation et de l’emploi, débouchent aujourd’hui sur une annonce de délocalisation. Ce jeu non coopératif de l’attractivité est par essence même, et à travers ses conséquences, en totale contradiction avec une politique de développement durable. Une véritable politique d’attractivité à long terme se fonde sur des critères de performances hors-marchés tels que la qualité des systèmes d’éducation et de santé, le dialogue social, la qualité de vie, la capacité à prendre en compte les problématiques environnementales. Mais cela suppose de sortir de l’idéologie du « toujours moins » pour promouvoir une stratégie de développement concertée.
Le reflet qu’offre le miroir de l’attractivité n’est qu’une image éphémère et trompeuse : les premières places du classement n’assurent ni progrès social, ni développement économique durable et renforcent une logique de concurrence qui ne peut faire que des perdants, sauf ceux qui sont aux commandes.

Anne Musson, des Économistes Atterrés