Alerte aux particules fines

Début décembre, les dispositifs de mesure gérés par les agences régionales de surveillance de la qualité de l’air se sont mis au rouge dans plusieurs régions de France : le niveau d’alerte aux particules fines, micro poussières en suspension dans l’air, a été atteint en Ile-de-France, Rhône-Alpes, Hautes-Pyrénées et Oise. La région parisienne a été particulièrement touchée par cet épisode de pollution aux PM10 (particules de diamètre inférieur à 10 microns), intense et durable, jamais vu depuis le dernier en date, en décembre 2007. Dans la capitale, l’indice 10 maximum a été atteint et le phénomène s’est étalé sur plusieurs jours. Ailleurs, de nombreuses villes et régions ont été touchées, mais de façon moindre, faisant l’objet d’une simple information sur la mauvaise qualité de l’air. En effet, le niveau d’alerte est déclenché à partir d’une concentration de 80 microgrammes de PM10 par m3 d’air, alors que le niveau d’information sur la qualité de l’air, l’est à partir de 50 microgrammes. Il faut ajouter que les conditions climatiques – absence de vent et températures négatives – ont favorisé ce phénomène : le sol, refroidi, piège les polluants sous un effet de « couvercle » d’air plus chaud qui les empêche de se disperser en altitude.

UNE DIMINUTION DES PARTICULES FINES
Selon le rapport du Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (Citepa), ces particules fines sont produites par l’industrie manufacturière, en particulier le secteur de la construction (31 %) ; par la combustion du bois et dans une moindre mesure, du charbon et du fioul (30 %) ; par l’agriculture et la sylviculture (20 %) ; par le transport routier (15 %). Le Citepa note une réduction de 51 % des émissions de particules fines entre 1990 et 2011 (elles sont passées de 534 000 tonnes à 260 000) obtenue grâce à l’amélioration des techniques de dépoussiérage dans la sidérurgie et des technologies de combustion. L’arrêt de l’activité minière a également fait baisser les émissions. Malgré tout, avec 4,4 kg de particules fines PM10 émises par habitant en 2010, la France se situe au-dessus de la moyenne de l’Union européenne (4) et se place derrière l’Italie (3,3), l’Allemagne (2,4), l’Espagne (2,3) et le Royaume Uni (1,8). Enfin, si les quantités de particules émises ont diminué, leur concentration pour l’agglomération parisienne est restée stable, voire a augmenté. AirParif a ainsi relevé une moyenne de 25 microgrammes de PM10 par mètre cube d’air en 2011, contre 21 en 2000.

MALADIES PULMONAIRES
Ces particules fines sont facilement inhalées et pénètrent dans l’organisme. Elles progressent jusqu’aux extrémités des voies respiratoires, dans les alvéoles, et provoquent des maladies pulmonaires (bronchite, asthme, cancer du poumon, etc.). Elles pénètrent aussi dans le système sanguin, bouchent les petits vaisseaux, provoquant des maladies cardiovasculaires. Des études scientifiques menées sur un grand nombre de cas ont conduit le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) – une agence de l’Organisation mondiale de la santé – à classer les particules fines dans la catégorie « cancérigène certain » en juin 2012. Dans cette même catégorie, on trouve aussi le gazole, qui émet davantage de particules fines et très fines que d’autres carburants. Il est pourtant soutenu en France par des mesures fiscales qui rendent son prix attractif. Les moteurs diesel, qui représentaient 4,8 % du parc automobile en 1980, ont grimpé à 60 % aujourd’hui. Les véhicules les plus émetteurs de particules sont les poids lourds, suivis par les utilitaires, puis les voitures particulières. Au-delà des mesures ponctuelles qui consistent, en période de pic de pollution aux particules fines, à limiter l’usage de véhicules diesel et à interdire en ville les feux de cheminée, des voix de plus en plus nombreuses, y compris celle de Delphine Batho, ex ministre de l’Ecologie, s’expriment pour remettre en cause les avantages fiscaux accordés au gazole au nom de la santé publique. Décision encourageante, enfin, le Syndicat des transports d’Ile-de-France (STIF) a voté le 11 décembre, en pleine alerte à la pollution de l’air, la fin du diesel pour les 9 000 bus et cars franciliens d’ici à 2025.

 

Nicole Gellot (avec Le Monde)

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