Vaccins obligatoires : on joue sur la peur

La ministre de la Santé Agnès Buzyn et la députée européenne Verts-ALE (Alliance libre européenne) Michèle Rivasi ont acté leur désaccord sur le projet de loi étendant l’obligation vaccinale à onze vaccins, suite à une rencontre fin juillet. La ministre de la Santé juge cette réforme nécessaire pour redonner confiance aux citoyens dans les vaccins. Elle est contre-productive, estime Michèle Rivasi, pour qui l’urgence vaccinale est ailleurs.

L’âdf : Que pensez-vous du projet de loi rendant obligatoire onze vaccins dès 2018, annoncé par la ministre de la Santé Agnès Buzyn et qui sera présenté à l’Assemblée nationale avant la fin de l’année ?
Michèle Rivasi : Je suis totalement contre. Ce n’est pas en obligeant les gens à se faire vacciner qu’ils vont reprendre confiance dans la vaccination. Pour cela, il faut travailler sur les sources de leur défiance. Or elle vient des conflits d’intérêts des experts qui demandent aux gens de se faire vacciner sur toute une série de vaccins. La deuxième chose, c’est que jusqu’à maintenant, il y avait trois vaccins obligatoires : le DTP (diphtérie-tétanos-poliomyélite), qui n’était pas disponible en pharmacie. On n’y trouvait que sa version contre six maladies (DTP et coqueluche, haemophilus et hépatite B, Ndlr.), ce qu’on appelle un vaccin hexavalent. Les gens ont râlé, il y a eu une action en justice pour que le ministère de la Santé oblige les laboratoires à sortir le DTP seul. Il a fallu un arrêt du Conseil d’État qui donnait six mois à l’ex-ministre Marisol Touraine pour faire en sorte que les laboratoires respectent la loi, c’est-à-dire pour les obliger à fournir ce vaccin trivalent seul. Comme les labos ne veulent pas le sortir, le projet de loi de la ministre va nous obliger à vacciner les enfants avec onze vaccins (coqueluche, haemophilus influenzae B, hépatite B, méningocoque C, pneumocoque, oreillons, rougeole et rubéole en plus du trivalent DTP, Ndlr.).

Quel regard portez-vous sur l’obligation vaccinale ?
M.R. : Le principe de l’obligation… Qu’est-ce que c’est que cette histoire d’acte autoritaire obligeant les parents à vacciner leurs enfants ? Mon expression, c’est : « Ne pas contraindre mais convaincre. » Je ne suis pas pour l’obligation car la vaccination est un acte médical, or la loi Kouchner de 2002 demande que le patient ait une information la plus complète et éclairée possible. Elle dispose aussi que c’est lui, en dernier ressort, qui doit choisir sa thérapeutique. Pour moi, l’obligation vaccinale va à l’encontre de cette loi. Je suis pour une recommandation forte des vaccins, en fonction des épidémies, mais pas d’une obligation. Il y a plus de quinze pays européens qui fonctionnent avec ce système et leur couverture vaccinale est très bonne. Je ne suis pas anti-vaccination, je suis pour une responsabilisation des parents et une éducation à la vaccination.

Les vaccins devront être fait avant l’âge de 2 ans. Vous mettez en lumière l’âge de la nécessité vaccinale.
M.R. : Il y a plusieurs vaccins que l’on peut faire après cet âge-là. Pourquoi ? Parce que pour certains vaccins, pas tous, il y a une meilleure réponse sur la formation des anticorps s’ils sont fait plus tard. On n’est pas obligé de faire l’hépatite B sur des nourrissons par exemple. Pour la rougeole, on n’est pas obligé de vacciner les enfants avant 15 mois. Il faudrait lesvacciner à 3 ans.

Est-ce que l’obligation vaccinale peut être nécessaire pour certains vaccins ?
M.R. : Cela dépend des risques d’épidémies. Si par exemple il y a une épidémie de rougeole, on peut s’interroger pour une vaccination fortement recommandée. Mais il faut d’abord lever l’obligation vaccinale. Il y a plusieurs textes qui vont dans ce sens : la loi Kouchner et aussi le code de déontologie des médecins par exemple. Si onze vaccins sont rendus obligatoires, quelles libertés auront les médecins ? Ce sont eux qui évaluent si le nourrisson est plus à même d’être vacciné ou pas. Une obligation légale ne peut pas avoir ce rôle d’évaluation individuelle. Rendre tous ces vaccins obligatoires remet en cause la compétence des médecins. Personnellement, je préfère que mon pédiatre soit décisionnaire, plutôt que l’État, sur la marche à suivre pour mon enfant. Une obligation enlève du pouvoir au médecin et tout choix thérapeutique aux parents.

Propos recueillis par Maëva Gros

Pour lire la suite de cette interview RDV en page 16 du numéro 122 de L’âge de faire en vente ici

FOCUS sur d’autres politiques vaccinales : En Italie, les manifestations estivales ont été nombreuses pour protester contre un projet de loi similaire à celui introduit en France. Adoptée par le Sénat en juillet 2017, l’obligation vaccinale italienne porte sur dix vaccins à faire avant l’âge de 6 ans. Quatre autres vaccins seront fortement recommandés. Les parents devront se plier à l’obligation vaccinale pour inscrire leurs enfants à la crèche ou à la maternelle. L’école étant obligatoire à partir de 6 ans, les enfants non vaccinés seront admis dans le système scolaire, mais les parents seront passibles d’une amende allant jusqu’à 2 500 euros. L’Allemagne ne pratique pas l’obligation vaccinale mais joue la carte de la pédagogie. Elle impose un rendez-vous médical dédié à la vaccination des enfants avant l’inscription en crèche ou à l’école. Le parlement suédois s’est lui opposé à la proposition de rendre neuf vaccins obligatoires en mai dernier. Avec un système de recommandation vaccinale, le pays montre de très bons taux de vaccination. Selon un rapport de l’Agence nationale de santé publique de Suède de 2016, à l’âge de 2 ans, plus de 96 % des Suédois ont reçu les neuf vaccins recommandés.