Une nouvelle Zad : le golf d’Alès

Une nouvelle Zad (1) !

Une de plus ! Et un nouveau Grand projet inutile imposé. Cette fois, il s’agit de 370 hectares, dont 200 de bonnes terres agricoles et 170 de bois, au sud-est d’Alès, dans le Gard, menacés par l’aménagement d’un golf et d’un espace de tourisme et de loisirs. Le 21 mars, une petite centaine de personnes, dont des membres de la Confédération paysanne et de l’association Saint-Hilaire Durable, ont manifesté leur opposition à un projet jugé inutile, néfaste pour l’agriculture, coûteux pour les contribuables, et parachuté sans concertation citoyenne. Une journée de résistance et de lutte était organisée près du Mas Cordier, sur la commune de Saint-Hilaire-de-Brethmas, où Alès Agglomération (Agglo) a prévu de réaliser son projet. Louis Julian, vigneron à Ribaute-les-Tavernes, près d’Alès, et membre de la Confédération paysanne, était présent. « Symboliquement, on a planté des patates sur une terre qui appartient à l’Agglo. Début mai, on va planter des courges comme il y a deux ans, et installer un collectif de jeunes maraîchers en zone périurbaine sur la Zad. » L’Agglo, qui rassemble 50 communes du bassin de vie d’Alès, est propriétaire de presque 140 ha de terres sur les 359 ha de la Zad des Hauts de Saint-Hilaire, créée en 2004. « Ce projet de golf, c’est une bonne centaine d’hectares agricoles perdus pour l’agriculture », déplore Louis Julian.

« Un projet immobilier déguisé »

Et ce n’est pas tout. L’enquête publique mentionne que le projet occasionnerait un déficit annuel d’exploitation de 369 600 euros. De quoi mettre en doute les paroles de Max Roustan, président de l’Agglo, selon lequel ce golf ne coûterait rien aux contribuables. Sur la question de l’eau, l’enquête relève que « l’impact des prélèvements sur la ressource, constituée par les nappes souterraines, n’est pas suffisamment étudié ». En effet, la solution retenue pour l’arrosage du golf est celle du pompage dans les nappes souterraines alimentant le Gardon, avec construction d’une retenue artificielle permettant de stocker l’eau en période d’étiage (juin à septembre).

Le projet de départ, qui comportait la création de deux golfs – un 18 trous et un 9 trous- a été revu à la baisse en 2014. Seul subsiste désormais le golf de 18 trous, ce qui permettrait, selon les promoteurs, de préserver une centaine d’hectares de terres agricoles. « Ils ont fait un projet plus petit, mais on n’a pas confiance, confie Louis Julian, car il peut être révisé dans trois ans. » La Confédération paysanne demande donc que le projet, sur la commune de Saint-Hilaire-de-Brethmas, soit purement et simplement abandonné, et envisagé ailleurs, là où il n’impactera pas les terres agricoles. « Il existe des alternatives : on peut agrandir le golf de Ribaute-les-Tavernes, dans le lit inondable du Gardon. Mais bien-sûr, cela exclut les constructions en dur. » Inenvisageable pour l’Agglo, qui prévoit la construction de deux hôtels de luxe et de villas, ce qui fait dire à Louis Julian que « le golf est un projet immobilier déguisé ».

« Il faut construire sur des sols non cultivables »

« Il faut construire sur des sols non cultivables et garder les terres agricoles sur les zones périurbaines, pour produire près des bassins de consommation » argumente le militant de la Confédération paysanne. Chaque année, environ 60 000 hectares de terres agricoles disparaissent en France, ce qui représente l’équivalent d’un département tous les sept ans. Selon l’Insee, un tiers environ des 15 000 demandes annuelles d’installation d’agriculteurs demeurent insatisfaites, faute de terre.

La diminution des surfaces agricoles est d’autant plus inquiétante qu’elle est couplée à la diminution programmée des engrais chimiques, explique encore Louis Julian. [quote]La plupart des plantes cultivées sont « dopées » aux engrais », ce qui a permis une augmentation conséquente de la production agricole depuis un demi-siècle. Mais la raréfaction des engrais chimiques, très dépendants du phosphore et du potassium – deux sels minéraux dont les ressources sont limitées – entraînera une diminution de la production agricole. « On aura donc besoin de toutes les terres disponibles pour compenser la diminution de rentabilité.[/quote]

Nicole Gellot

  1. Zone d’aménagement différé, rebaptisée Zone à défendre par les militants écologistes.