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Uberisation : anarcho ou arnaquo-capitalisme ?

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Par Matthieu Montalban, économiste atterré.

Les plateformes internet reconfigurent un certain nombre d’activités et bousculent les régulations. L’économie collaborative, qui consiste à augmenter l’utilisation de certains biens en les « partageant », comporte de nombreux modèles, certains étant des activités de co-production de communs numériques partagés (logiciels libres…). D’autres n’ont rien de nouveau, mais facilitent les dons et le recyclage (Recupe, etc.) ou le financement participatif (Kickstarter).

L’uberisation se veut, elle, anarcho-capitaliste : elle ne crée pas des biens ou services hors marché, mais au contraire transforme en marchandise certains biens ou services comme le co-voiturage (Uberpop, Heetch) ou l’hébergement à domicile (Airbnb), jadis gratuits, dans la plus stricte application de la propriété privée. Elle incite certains particuliers à développer du travail au noir ou des activités professionnelles en exploitant des zones grises du droit, et à concurrencer les professionnels de ces secteurs soumis quant à eux au respect de certaines réglementations et coûts d’entrée.
Capacité à détourner le droit

Cela permet certes de réduire la facture du consommateur, incite les professionnels à s’améliorer en se dotant des outils numériques et en contestant le monopole de G7 sur les taxis. Mais les chauffeurs ne sont pas des rentiers ou des privilégiés. En 2011 le revenu mensuel moyen des taxis et VTC était d’environ 1400 euros, soit moins que le revenu médian des salariés (1600-1700 euros), du fait du prix des licences, et il avait baissé de 5% entre 2006 et 2011 (même s’il y a des revenus non-déclarés). Uber, en incitant ses chauffeurs VTC à être auto-entrepreneurs, ne fait finalement que mettre en concurrence des travailleurs (parfois discriminés ou exclus) en leur faisant miroiter une promotion sociale, tout en incitant à contourner le droit. Sa pérennité dépend en partie de sa capacité à contourner le droit et le salariat. Et Airbnb, en facilitant la location des biens immobiliers, favorise au contraire les propriétaires rentiers, tout en externalisant la charge de la responsabilité des éventuels litiges liés à l’hébergement.

En permettant la diffusion de ces activités, le risque est grand de remettre en question les régimes de protection sociale et l’État social. Il est parfaitement légitime que l’État applique le droit strictement, tout en pensant à des évolutions réglementaires. En cela, le récent rapport Terrasse fait un pas en ce sens, en proposant des ajustements équilibrés, qui distinguent la vraie économie du partage de l’ubérisation, en matière de fiscalité et d’application du droit.

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