Terres agricoles et emploi : même combat

A Gonesse, dans le Val d’Oise, le groupe Immochan (des magasins Auchan) envisage de construire le complexe Europacity, sur des terres agricoles qui font partie des plus fertiles de la région parisienne. Ce serait ainsi 80 hectares de champs qui disparaîtraient sous le béton pour laisser place à un grand temple de la consommation : 50 000 m² de locaux destinés à la culture (salle de spectacle, etc.), 150 000 m² consacrés aux loisirs (manèges, etc.), et 250 000 m² occupés par des magasins en tout genre. La pharaonique construction ne devra son succès qu’à son gigantisme : les promoteurs expliquent en effet qu’ils pensent attirer les clients du fait que ce centre commercial sera encore plus grand que ses cousins…
Ce n’est pas avec ce genre de raisonnement que le rythme d’artificialisation des terres va baisser – alors que la France bétonne déjà l’équivalent d’un département tous les dix ans –, ni que la France diminuera ses émissions de CO2.
Initialement, les promoteurs envisageaient même de construire un « parc des neiges » avec piste de ski, sous cloche et forcément archi-climatisée. Le plus sérieusement du monde, ils avaient néanmoins fait savoir que cet équipement ne serait réalisé « qu’à la condition de la démonstration de sa conformité à l’ambition environnementale du projet ».
Doit-on réellement leur expliquer que c’est l’ensemble du dossier Europacity qui est une insulte à l’écologie ? Plus sûrement, on en conclut que les industriels font preuve de toujours autant de cynisme envers l’impératif écologique.
Et les pouvoirs publics ? Accrochez-vous : ce projet, d’un coût total estimé à plus de 3 milliards d’euros, devraient bénéficier, de façon plus ou moins directe, d’environ 1 milliard d’euros d’argent public.
Le lecteur de L’âge de faire ne s’en étonnera pas : c’est vers la société civile qu’il faut se tourner pour revenir à la raison et imaginer un avenir désirable. Le dimanche 21 mai, ils étaient plusieurs centaines à manifester contre Europacity, tout en proposant un projet alternatif fait d’agriculture biologique et d’énergies renouvelables.

La métropole parisienne est hyper étalée. Le triangle de Gonesse a échappé à l’urbanisation puisqu’il est pris entre les aéroports de Roissy et du Bourget. C’est aberrant de vouloir y construire des commerces et des bureaux ! Il faut densifier plutôt qu’urbaniser et préserver les terres agricoles. On peut sensibiliser les jeunes de banlieue à l’importance du respect de la terre et de l’alimentation. (1)
L’homme qui parle est l’architecte Ivan Fouquet. Si son nom vous dit quelque chose, c’est sans doute parce qu’il est un membre actif de l’Atelier citoyen qui, à Notre-Dame-des-Landes, a étudié le dossier de l’aéroport pour démontrer toute l’absurdité du projet. Au milieu des manifestants, on pouvait aussi croiser des opposants au centre d’enfouissement de Bure, ou des occupants de la ferme des Bouillons, qui se sont battus contre l’implantation d’un autre centre commercial près de Rouen. Mais aussi des syndicalistes de la CGT qui, malgré la promesse de 12 500 créations d’emplois agitée par les promoteurs, ne veulent pas de ce nouvel équipement : « Les autres centres commerciaux qui existent dans le coin vont être menacés, les commerces de centre-ville vont être détruits par cette nouvelle concurrence et le climat, lui, va en prendre un coup avec de massives émissions de CO2 » (2). La connexion entre les luttes sociales et environnementales fait son chemin.
1- Médiapart.fr / 2 – Lemonde.fr

Nicolas Bérard