Sur les chemins de la Zad

Lire pour (faire) réagir

Depuis que le projet d’aéroport a été relancé au début des années 2000, c’est peu dire que le dossier de Notre-Dame-des-Landes a fait coulé beaucoup d’encre. L’annonce d’un « référendum », programmé au 26 juin, nous a paru être l’occasion de faire le point sur cette lutte qui dure depuis maintenant quinze ans, et qui se poursuivra certainement au-delà de cette consultation.

CS-NDDL

Quatre journalistes de L’âge de faire sont donc partis sur la « Zone à défendre », pour découvrir de leurs propres yeux le quotidien de cet espace totalement hors cadre. A travers ces douze pages, vous rencontrerez des occupants, qu’ils soient zadistes ou agriculteurs, vous découvrirez leurs motivations, mais aussi leur mode de vie, leur organisation, leurs tiraillements… C’est toute une micro-société qui s’est créée, avec une « économie », une cohabitation qui se fait en absence de tout appareil répressif, mais aussi l’organisation des futures luttes et le soutien à d’autres combats. Car à Notre-Dame-des-Landes, on ne se bat pas uniquement contre un aéroport, mais aussi contre tout ce qu’il représente : la société libérale, consumériste, individualiste, dans laquelle seuls comptent les profits et les ambitions personnelles de chacun… Une société que les opposants ont résumé par l’expression : « Le monde de Vinci ».

Mais la lutte déborde largement des frontières de la Zad. L’âge de faire a aussi rencontré les opposants plus légalistes, qui ne cessent de décortiquer le dossier pour en faire ressortir les aberrations. Il va sans dire que le bétonnage de la zone humide la plus riche de la région est un désastre écologique. Mais cela va beaucoup plus loin : à travers cette construction, c’est aussi l’Etat qui fait un pont d’or au géant du BTP Vinci, dont le chiffre d’affaires se compte déjà en milliards. C’est aussi l’autoritarisme de l’Etat qui montre son visage, à travers des enquêtes publiques biaisées, une consultation des habitants dont il ne tient aucunement compte, ou encore l’opération César, lancée en 2012, pour tenter d’évacuer la Zad par la force.

Et tout cela pour remplacer un aéroport prétendument saturé par un aéroport prétendument mieux adapté. Problème : les études ayant abouti à ce constat ne tiennent pas la route, et les opposants ont réussi à le démontrer très clairement, comme ils ont mis à jour les mensonges de ministres, la consanguinité des promoteurs, les grosses ficelles de la propagande mise en place pour faire accepter à la population un projet qui n’a rien à voir avec l’intérêt général.

L’idée de ce cahier est claire : démonter la propagande d’Etat en rendant compte honnêtement de ce que nous avons vu et appris. Ne nous cachons pas derrière notre petit doigt : il s’agit désormais aussi de participer à notre manière, et à notre échelle, à l’abandon de ce « grand projet inutile et imposé ». D’où la formule choisie : une vente à petit prix par paquets de 50 à 500 exemplaires, afin que chacun de vous puisse non seulement (re-)découvrir le dossier, mais aussi alerter sa famille, ses amis, ses voisins ou son boulanger sur la réalité d’un projet complètement bidonné.

Notre dossier Notre-Dame-des-Landes-Sur les chemins de la Zad (numéro 107) augmenté et réédité sous forme d’un cahier spécial de 12 pages est en vente sur notre kiosque (plusieurs formules).

NDDL Sur les chemins de la Zad

P1010395b.jpg
Lorsqu'ils ont relancé le projet d'aéroport de Notre-dame-des-Landes au début des années 2000, ses promoteurs ne s'attendaient certainement pas à une telle résistance : innovante, insaisissable, efficace, tenace...
P1010382.jpg
Depuis 2011 et le premier forum européen des GPII (grands projets inutiles et imposés), puis l'opération César de 2012 durant laquelle l'Etat a envoyé les forces de l'ordre pour tenter, avec une extrême violence, et en vain, de chasser les zadistes et les opposants de la zone, Notre-Dame-des-Landes est devenu un symbole. « L'enjeu dépasse désormais la construction de l'aéroport, sait Françoise Verchère, co-présidente du CeDpa*. Si l'aéroport tombe, ça aura des conséquences sur les autres projets du même genre. Et inversement. Nous avons donc une lourde responsabilité : nous ne pouvons plus lâcher. » Chacun, de son côté, en est conscient, ce qui exacerbe le rapport de forces autour d'une bataille qui, quelle qu'en soit l'issue, fera date.

Cela fait quinze ans que les opposants sont mobilisés. Quinze ans qu’ils inventent, résistent, décortiquent le dossier, font des expertises, des contre-expertises, proposent des solutions alternatives. « Je rêve de pouvoir faire mon potager ! », explique aujourd’hui Christian Grisollet, co-président de l’Acipa*. Mais avant de planter des tomates au fond de son jardin, son temps libre, il le consacre quasi entièrement à la lutte. C’est que ces hommes et ces femmes ont un adversaire autrement mieux armé qu’eux : des responsables politiques de tout premier plan, la « machine d’Etat », la DGAC*, et le géant du BTP Vinci, qui a obtenu le marché de la construction et une concession de 55 ans du nouvel aéroport (à titre indicatif, Vinci gagne 10 millions d’euros de bénéfice net par an avec Nantes-Atlantique).