Le revenu de base en question

Par David Cayla, des économistes atterrés.

Le revenu de base est souvent justifié par l’idée que notre protection sociale protégerait surtout les personnes en emploi. Dans une société où la précarité professionnelle deviendrait la norme, une allocation monétaire universelle, déconnectée de l’emploi, serait donc la manière la plus simple de corriger les inégalités en dissociant travail et revenu.
Cette idée est fondée sur une vision très partielle de notre modèle social. Celui-ci comporte certes des prestations d’assurances sociales qui dépendent des cotisations passées et donc reproduisent les inégalités salariales. Même si cet effet est atténué par des mécanismes redistributifs, les femmes en pâtissent : leur retraite n’est que de 73 % de celle des hommes pour un salaire moyen de 82 % du salaire moyen masculin. La même logique prévaut en matière de chômage. Les cadres sont en moyenne mieux indemnisés et mieux accompagnés que les ouvriers, tandis que ceux qui cherchent leur premier emploi sont souvent peu accompagnés et pas du tout indemnisés.

Les services publics gratuits
Mais notre système social protège aussi les exclus. Les prestations universelles bénéficiant à tous (maladie, famille), les prestations de solidarité pour les plus pauvres (minimas sociaux) et la Protection universelle maladie (Puma, ex-CMU), ont permis d’étendre un important filet de sécurité. Pour une personne seule et sans activité, le cumul du RSA et des allocations logement permet de bénéficier d’un revenu de base d’environ 750 euros, d’une couverture santé et d’un accompagnement dans une démarche d’insertion. La garantie jeune actuellement en débat promet d’élargir ces dispositifs aux moins de 25 ans, ce qui est juste et indispensable.
Il ne faut néanmoins pas voir notre système social comme un simple système de transferts en espèces. Si ces allocations réduisent une partie des inégalités, notre protection sociale passe aussi et surtout par les services publics. Dans une étude malheureusement un peu ancienne (1), l’Insee avait calculé que les transferts sociaux en nature, notamment la santé, l’éducation ou le logement social, représentaient presque autant en terme de richesse que les dépenses de consommation des 20% de ménages les plus pauvres. Mieux : les chiffres de l’Insee montrent que la distribution de la production non marchande corrige davantage les inégalités que les allocations versées en espèces.
C’est une question essentielle que les partisans de l’allocation universelle négligent. En ne considérant le pouvoir d’achat et le bien-être qu’à partir des revenus monétaires on oublie que, pour une famille pauvre, ce ne sont pas les allocations mais les services publics gratuits ou quasi-gratuits dont ses membres bénéficient qui constituent la plus grande part de leur protection sociale.

• 1 – « Les transferts en nature atténuent les inégalités de revenus », INSEE Première, 2009 http://www.insee.fr/fr/ffc/ipweb/ip1264/ip1264.pdf

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