Pouvoir d’achat : la réforme miracle

© Jérôme Rommé

Emmanuel Macron et son gouvernement prétendent augmenter le pouvoir d’achat des actifs par une réforme miracle. La suppression des cotisations maladie et chômage des salariés (3,15 % actuellement) serait compensée par une hausse de 1,7 point de la CSG. Les salariés gagneraient donc 1,45 % de salaire brut, sans coût supplémentaire pour les entreprises et pour les finances publiques. Faut-il applaudir ?
Non, car la réforme met en cause le principe de l’assurance chômage. La suppression des cotisations des salariés permettra d’évincer les syndicats de la gestion de l’Unedic. Elle risque d’aboutir au remplacement des prestations chômage actuelles – droit des salariés ayant cotisé, proportionnelles au salaire perdu – par une prestation uniforme de faible montant. Les bénéficiaires de revenus du capital ne seront pas perdants, puisque le gouvernement prévoit au contraire de baisser à 30 % leur taux d’imposition (qui est aujourd’hui de l’ordre de 44 %, en ajoutant la CSG, les prélèvements sociaux et l’impôt sur le revenu).

BAISSE DRASTIQUE DES ALLOCATIONS CHÔMAGE
Aux non-salariés, le gouvernement a fait deux promesses contradictoires : d’une part, qu’ils auraient le même gain de pouvoir d’achat que les salariés, soit 1,45 % de leur revenu alors qu’ils ne paient pas actuellement de cotisations chômage ; d’autre part, qu’ils auraient droit à l’assurance chômage. Mais cela suppose que leur revenu supporte les mêmes cotisations que les salaires (soit les 1,7 point de CSG et les 4 points de cotisations sociales patronales), soit une perte de revenu de 5,7 %. Nul ne sait comment la contradiction sera résolue. Les perdants seront essentiellement les retraités (du moins les 60 % d’entre eux dont le revenu mensuel est supérieur à 1 330 euros) qui subiront une perte de revenu de 1,7 %. Déplaisante politique de déshabiller Pierre pour habiller Paul en essayant de culpabiliser les retraités. Ainsi, le ministre de l’Économie les exhorte à accepter ce sacrifice pour aider les actifs, comme si les retraités ne supportaient pas déjà, depuis de nombreuses années, l’absence de toute revalorisation du pouvoir d’achat de leurs pensions, de plus rognées par la montée en puissance de la CSG.
Globalement, le pouvoir d’achat des ménages ne devrait pas augmenter puisqu’il ne faut pas augmenter le déficit public : la hausse de la CSG est censée compenser la baisse des cotisations salariés… sauf que le projet n’est pas équilibré financièrement : 14 milliards de hausse de revenu pour les actifs et 2 milliards d’allocation chômage pour les non-salariés, contre 6 milliards prélevés sur les retraités. La face cachée du projet est que les 10 milliards manquants seront obtenus par une baisse drastique des allocations chômage.

Henri Sterdyniak,
des Économistes atterrés