OGM : la bataille de l’information

C’est juste une anecdote. Mais elle en dit long sur les efforts que les citoyens ont à fournir pour obtenir les informations qui leur permettront de faire des choix éclairés, dans des domaines aussi cruciaux que celui de l’alimentation. Faucheur volontaire d’OGM, Jean-Luc est arboriculteur bio dans le sud de la Loire – retraité depuis peu. Il est de ces paysans qui préparent leurs plants de fruitiers, cultivent des variétés anciennes, font des greffes pour adapter les arbres aux conditions locales et sélectionner les caractéristiques qui les intéressent. Lors de la dernière assemblée générale des Faucheurs, il a emmené ses camarades sur une parcelle de colza pour leur expliquer comment reconnaître des végétaux rendus tolérants à un herbicide par mutagenèse – une technique de modification génétique qui échappe à toute traçabilité. On peut donc imaginer sa surprise lorsqu’il a découvert que l’une des variétés de pommiers bio qu’il s’apprêtait à cultiver était issue de la mutagenèse ! Hors des regards, les semenciers ont utilisé couramment cette technique depuis les années 60. La majorité des agriculteurs – et ne parlons pas des jardiniers du dimanche – n’en savaient rien. Il a fallu la mobilisation de l’opinion publique sur les organismes transgéniques, puis la création de nouvelles plantes mutées rendues tolérantes aux pesticides, pour attirer l’attention sur ce phénomène. Mais la bataille de l’information (1) est loin d’être terminée.
Cette bataille, l’association Inf’OGM la mène depuis 1999 en veillant attentivement sur l’actualité scientifique, juridique et économique des biotechnologies et des semences. Pour rédiger notre dossier sur les OGM, nous avons fait appel à l’expertise pointue de ses rédacteurs. Nous avons été impressionnés par le travail (de fourmi ou de titan, c’est selon) qu’ils mènent au quotidien : demander à la Russie ses textes de loi sur les OGM pour les faire traduire, décrypter la propagande sur les « nouvelles techniques » de modification génétique, suivre les réflexions de la Commission européenne, contacter un ministère pakistanais pour recouper des informations sur les surfaces de coton OGM cultivées… Ce travail rigoureux permet aux collectifs citoyensd’avoir du répondant face aux lobbyistes pro-OGM, si prompts à se draper dans les habits de la science, et de ne pas se laisser noyer dans les informations techniques.
Nous sommes donc très contents de lancer dans ce numéro une nouvelle rubrique en partenariat avec Inf’OGM, qui vous proposera chaque mois un éclairage sur l’actualité et les enjeux des organismes génétiquement modifiés. Si l’envie vous prend d’aller plus loin, vous pouvez vous rendre sur le site de l’association (2), qui publie aussi un journal bimestriel. Autres alliés précieux des citoyens dans cette bataille de l’information : certains scientifiques qui considèrent que « la recherche ne doit pas se faire en vase clos ». Vice-président du Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique, Christian Vélot nous a, lui aussi, accompagnés dans la réalisation de ce dossier sur les OGM. Enseignant-chercheur en génétique moléculaire à l’université Paris-Sud XI, il donne régulièrement des conférences de vulgarisation qui permettent à chacun de comprendre ce qu’est un OGM. Il considère qu’il « est du devoir des chercheurs du service public », d’informer les citoyens sur les enjeux scientifiques.

(1) Lire OGM : la bataille de l’information de Frédéric Prat, l’un des fondateurs d’Inf’OGM, éd. C. Léopold Mayer,
(2) www.infogm.org

Lisa Giachino