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Merci patron ! Un docu-thriller sauce picarde

François Ruffin, journaliste au mensuel Fakir, sort un documentaire inclassable, un genre d’ovni journalistique et cinématographique. Il ne manque plus qu’à allumer la mèche pour qu’il prenne son envol.

Ce mercredi 9 décembre, dans la petite salle du cinéma municipal de la Penne-sur-Huveaune (13), la soirée commençait par quelques mauvaises nouvelles :
« Le film n’a pas encore été remasterisé, ce qui signifie que le son est pourri. Et l’étalonnage n’est pas encore fait, ce qui signifie que l’image est pourrie. » Invité par le Café Repaire d’Aubagne, François Ruffin, rédacteur en chef du journal Fakir, venait présenter en avant-première son premier long métrage, Merci Patron !. Quatre-vingt-dix minutes après ces mises en garde, le public se levait pour une standing ovation…
Difficile d’expliquer un tel enthousiasme. Non qu’il n’y ait aucune raison valable pour vanter les mérites de ce film mais, au contraire, parce qu’il y en a trop… Et d’abord celle d’avoir inventé un genre nouveau, qu’on serait bien en peine de définir, car ce « documentaire » ne peut être comparé à aucun autre. Ou alors, en tapant très large : ce pourrait être une enquête de Michael Moore, pour lequel Michel Audiard aurait écrit des dialogues de polar et Gustave Kervern un scénario loufoque, avec la bande des Tontons flingueurs pour l’interpréter. Quoique d’autres évoquent le film L’Arnaque, interprété par Paul Newman, mais « en version lutte des classes ». « Je revendique l’idée d’un documentaire populaire », résume François Ruffin.

Affiche_merci patron_lardonsA4« PAS DE PLEURNICHE »
Chaque jour, on apprend que le chômage est en hausse, qu’une usine est délocalisée, que la précarité augmente. « Mais la précarité, ça ne veut rien dire. On n’a pas envie de se battre contre la précarité, tant qu’elle n’a pas de visage », estime le journaliste. Dans Merci Patron !, la précarité prendra donc le visage du couple Klur. Ils ont la cinquantaine, travaillaient tout deux pour un sous-traitant du géant du luxe LVMH jusqu’à ce que Bernard Arnault rachète le groupe et décide de délocaliser la production en Pologne. En 2008, c’est le chômage, et le début de la spirale infernale. Lorsque François Ruffin les rencontre, les Klur n’ont que 4 euros par jour pour vivre, n’ont plus de quoi se chauffer, ni manger à leur faim, ni remplir le réservoir de la voiture pour aller chercher du travail. Les dettes s’accumulent, et les huissiers déboulent : ceux-ci leur réclament 25 000 euros, sans quoi ils procéderont à la saisie de la maison, laissant le couple et leur fils à la rue.
La situation, c’est le moins que l’on puisse dire, ne prête pas à rire. Comment expliquer, alors, que le public se soit tapé sur les cuisses du début à la fin de la projection ? « Je ne voulais pas de pleurniche. Il fallait dépasser ça par la politique, par l’humour, et aussi en proposant une action aux gens pour réagir. C’est aussi une façon de casser la morosité ambiante. » Le pari est réussi : chacun est sorti avec un large sourire aux lèvres et l’étrange impression d’être un peu plus fort et prêt à agir. Car, comme le glisse un émissaire de LVMH filmé à son insu, « ce sont les minorités agissantes qui font tout ».

UN FILM D’ESPIONNAGE PICARD
Un groupe de quelques trublions bien organisés et motivés serait donc capable d’abattre des montagnes… François Ruffin y croit. Il monte donc son équipe, regroupant principalement l’ancienne déléguée CGT de l’entreprise, les Klur, une bonne dose de stratégie et une audace à toute épreuve. Il va ainsi monter une improbable combine pour tenter d’arranger la situation du couple. Et il le fait en mettant Bernard Arnault, première fortune de France, face à ses responsabilités. Mais, surtout, en rusant, en appuyant sur les faiblesses de l’adversaire (en l’occurrence en menaçant de ternir l’image du géant du luxe), et en le manipulant à l’envi. La « bande de Pieds Nickelés picards » va-t-elle être plus forte que le plus grand groupe de luxe au monde et ses 30 milliards de chiffre d’affaires
annuels ? Il faudra voir le film pour le savoir. Et pour le croire…
Une chose est sûre : s’il existe un ange du documentaire, il s’est penché sur le berceau de Merci Patron !. Car certaines répliques n’auraient pas pu être mieux formulées si elles avaient été écrites par un dialoguiste. Quant aux personnes qui apparaissent, parfois malgré elles, dans ce film, elles n’auraient pas été mieux choisies à la suite d’un grand casting. Et puisque toute l’histoire est bien réelle, on comprend que notre société est suffisamment tordue pour enfanter d’elle-même des situations totalement surréalistes, sans avoir à faire appel à la fiction. « J’ai vécu pendant plus d’un an dans une ambiance de roman d’espionnage picard, s’étonne encore François Ruffin. J’avais même du mal à en sortir, je n’avais plus envie que mon film se termine !» Au final, un document instructif, hilarant, motivant, et tout ce qui va avec.

LES DATES D’AVANT-PREMIÈRES EN JANVIER
> le 6 à Vayrac, cinéma l’Uxello, 20h30
> le 7 à Saint-Junien (près de Limoges), cinéma Ciné-Bourse, 20h
> Le 13 à Annecy, au cinéma 4Nemours, 19h
> le 18 à Clermont-Ferrand, au Rio, 20h30
> le 19 à Valence, au Navire, 2Oh
> le 21 à Grenoble, au cinéma le Club, 20h15
> le 25 à Lille (cinéma et heure à confirmer)
> le 26 à Colmar, au Colisée, 20h
> le 27 à Nancy, au Caméo Saint-Sébastien, 20h15
> le 28 à Metz, au Caméo Ariel, horaire à confirmer
> le 29 à Strasbourg, au Star, horaire à confirmer
> le 30 à Port de Bouc, au cinéma Le Méliès, horaire
à confirmer.
Dernières infos : www.fakirpresse.info

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