Macron et l’ISF  : banquier un jour, banquier toujours !

Alors que l’échéance approche, les candidats progressivement dévoilent leurs programmes. Emmanuel Macron fut l’un des derniers à le faire. Sur un point, tout spécialement, il était attendu : qu’allait proposer cet ancien banquier en matière de finance ? Allait-il, comme on le lui suggérait de toutes parts, se démarquer de ses anciens confrères et ainsi couper court aux mauvaises langues qui le présentent comme le candidat de la finance ?

Une mesure emblématique permet d’en juger : celle relative à l’ISF (Impôt sur la Fortune). En apparence, dans le programme du candidat, l’ISF est maintenu. Mais si l’on regarde les choses de plus près, on découvre qu’il n’est maintenu que pour les seules parties de la fortune détenue en immeubles. En clair, et là est la nouveauté apportée par Macron, la détention d’actifs financiers (portefeuilles d’actions notamment) n’entre plus dans le champ de l’impôt. La justification avancée est qu’avec la détention d’actifs financiers, il s’agit « d’économie réelle » et que celle-ci ne doit pas « être pénalisée ». Ainsi, la détention d’actions par les riches particuliers qui placent une partie de leur fortune dans des Hedge Funds (fonds spécialisés dans les placements sur des produits exotiques à hauts risques et hauts rendements) est considérée comme faisant partie de « l’économie réelle ». Avec Macron, la détention de titres financiers et les spéculations les plus opaques auxquelles ils peuvent donner lieu seraient donc exclue de l’impôt payé au titre de l’ISF.

Carlos Gohsn peut remercier Macron

Sur ce sujet, Macron est un récidiviste. C’est en effet lui qui, en tant que ministre de l’ Économie, avait introduit la défiscalisation de la distribution gratuite d’actions. Motif avancé : ne pas pénaliser les start up. Seul problème : la mesure concerne aussi, et de fait bien davantage, les dirigeants du CAC 40. Ainsi la fameuse rémunération de Carlos Ghosn (plus de 16 millions d’euros en 2016) a largement bénéficié de cette mesure, puisqu’une grande partie de cette rémunération consistait en distribution gratuite d’actions.

« Banquier un jour, banquier toujours !» dit un dicton populaire. Ah ! comme on aurait aimé que Macron le fasse mentir !

Benjamin Coriat, économiste atterré