Les déboulonneurs de pub

Les Déboulonneurs prônent la désobéissance civile pour dénoncer l’envahissement de la pub dans l’espace public.
Reportage à Lille.

Ils sont bien cent dans la nuit lilloise, malgré la bruine, en ce début de soirée de novembre. En tête du cortège, un groupe de percussions brésiliennes marque la cadence. Arrivée à l’intersection du boulevard, la petite foule s’immobilise devant un panneau publicitaire, dont la luminosité artificielle tranche avec l’obscurité relative. Située à quelques mètres du sol, la publicité est idéalement placée pour capter l’attention des automobilistes pris dans les bouchons. Les membres du cortège se massent devant l’affiche, veillent à ne pas gêner la circulation routière. Au pied du panneau de 6 m2, une échelle est dressée contre le mur, tout est prêt. Les percussions font silence, Sébastien prend le haut-parleur, et d’une voix calme, annonce : [pullquote]Nous allons barbouiller ce panneau publicitaire avec une bombe aérosol. Ce geste est illégal car il constitue une dégradation. Nous nous portons responsables de nos actes devant la police et les tribunaux.[/pullquote] Tour à tour, trois membres du collectif lillois des Déboulonneurs vont monter à l’échelle pour inscrire leur propre slogan. Le « consomme » implicite du slogan publicitaire est devenu sarcasme : « Obéis, consomme et meurs » retient désormais le regard des automobilistes.
L’action se déroule en 3 minutes, sous les applaudissements de la foule. Voilà pour le rodage, en guise d’introduction. Les percussions de samba reprennent, le groupe se dirige maintenant vers l’objectif principal de la soirée : un autre point lumineux que l’on aperçoit déjà, pourtant situé à plus de 500 mètres.

« ILLÉGAL MAIS LÉGITIME »
Gabrielle, au milieu du cortège qui s’étire le long du trottoir, ressent la publicité comme « une agression quotidienne ». Elle assiste à la plupart des actions menées par les Déboulonneurs lillois. Xavier, lui, « découvre » l’ambiance. Le jeune étudiant évoque, comme beaucoup dans le défilé, son ras-le-bol de « l’injonction à consommer » délivrée par les messages publicitaires. Certains, comme lui, dénoncent « le système » dont la publicité n’est que le reflet. D’autres refusent simplement l’omniprésence de la publicité dans l’espace public, et revendiquent leur droit à ne pas être sollicités continuellement.
La foule est bigarrée : le punk côtoie le « col blanc », le trottoir est investi par des poussettes, des retraités ajustent leur écharpe. Un point commun peut-être : pas un ne porte de vêtements arborant ostensiblement une marque. Et tous soutiennent l’action de désobéissance civile qui fait la signature des Déboulonneurs : le barbouillage. Une action illégale mais qu’ils estiment légitime, comme un dernier recours, une nécessité pour dire « non ». [quote cite= »Gabrielle »]Ce n’est pas normal que l’on soit obligé de supporter quotidiennement des messages qui nous prennent pour des débiles. Heureusement qu’il y a des gens qui font ça.[/quote] Le cortège a maintenant pris place entre les deux boulevards, sur un carré de pelouse, dominé par un immense « mur lumineux » : 3 mètres de haut, 8 de large, le tout à 2 bons mètres du sol. Les deux affiches éblouissent, fascinent. On croirait des écrans. Le vert pomme publicitaire imprègne le teint des visages qui lui font face. La pelouse change de couleur à chaque fois que les panneaux « déroulent » une nouvelle publicité. Déjà, la grande échelle est dépliée. Sébastien reprend le haut-parleur. Son message est une nouvelle fois sobre et efficace. « Les passants et les automobilistes vont se faire un avis en quelques secondes. A première vue, ils se disent : « Mais qui c’est, ces rigolos en train de taguer la pub ? » Notre discours doit donc être très clair et intelligible. En quelques mots, je dois présenter le collectif, dire pourquoi nous faisons cela, et pourquoi nous utilisons ce moyen d’action. »

Un reportage à Lille de Fabien Ginisty.

Ce sujet vous intéresse, vous pouvez lire ce reportage en entier et le dossier de 4 pages consacré à la « galaxie » antipub dans le numéro 82 de L’âge de faire en vente ici.

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