L’austérité tue

Des établissements saturés et du personnel trop peu nombreux pour parer aux urgences. Tel est le triste visage pris par les hôpitaux français lors de la dernière épidémie de grippe. Des échanges de mails entre divers CHU et révélés par le quotidien Libération attestent de cet état de délabrement : « Pour le CHU de Nice, saturation des urgences. Actuellement 265 passages par jour depuis quinze jours pour une moyenne annuelle de 250, mais surtout 26 % de patients de plus de 75 ans et nécessité de trouver 60 lits par jour. L’hôpital est saturé. »

Celui-ci, écrit par une responsable du Samu de Montélimar, est encore plus explicite. 

Situation dégradée depuis plus de trois semaines sans aucune réaction de notre direction en dépit de mises en garde répétées de ma part. L’établissement est saturé en ce qui concerne les lits de médecine. Il n’y a jamais de lits réservés pour les hospitalisations non programmées… C’est seulement mardi soir, après un affrontement oral plus que violent de ma part, que la décision a été prise d’ouvrir six lits supplémentaires avec rappel de personnels pour cette nuit. Mais aucun renfort aux urgences, pas de décision officielle d’établissement, pas d’ouverture officielle de cette unité pour les prochains jours. En résumé, nous ne sommes pas capables de gérer une simple grippe hivernale.Une responsable du Samu de Montélimar

Résultat : « Sur les huit premières semaines d’épidémie grippale, le nombre de décès en excès toutes causes confondues est estimé à 17 000 », indique l’institut de veille sanitaire. Cette hausse du nombre de décès s’explique-t-elle par la virulence du virus ? En partie, peut-être. Mais ces courriers montrent surtout que le manque de moyens du système de santé est criant. Ce que confirme Olivier Mans, secrétaire fédéral de Sud Santé. Interrogé par Bastamag, il explique qu’il y a un lien « évident » entre cette surmortalité et les coupes budgétaires subies par les hôpitaux : « Le rouleau compresseur des mesures d’austérité, la généralisation des contrats précaires, le manque d’effectifs et de moyens rendent les conditions de travail et d’accueil très difficiles. »

Il faut s’en souvenir en entendant l’imbécile discours qui vise à « réduire le trou de la Sécu » : l’austérité tue. À travers la grippe, et de bien d’autres manières. S’il y a bien une urgence, c’est celle d’injecter des moyens supplémentaires dans le système de santé et de recruter de nouveaux fonctionnaires à l’hôpital. Les gens sérieux qui se verraient bien président nous diront qu’en agissant de la sorte, nous vivrons avec une dette sur la tête, alors qu’il serait tellement plus raisonnable de mourir à l’équilibre. Sérieux ?!

Nicolas Bérard

EDITO de mars 2017. Numéro 117 en vente ici