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La bataille pour un salaire décent

Par Dany Lang, économiste atterré

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Depuis 2013, les Etats-Unis connaissent l’un des mouvements sociaux les plus importants de leur histoire. Partout, des salariés manifestent pour obtenir une hausse du salaire minimum à 15 $ de l’heure. Le salaire minimum américain est très disparate géographiquement. La plupart des Etats américains fixent un salaire minimum tandis que certains n’en ont pas. Les minima vont de 5,15 $ dans le Wyoming à 10 $ dans le Massachussetts ou en Californie. S’ajoutent à cela des échelons locaux comme celui des municipalités, qui ont toute liberté de fixer un salaire minimum supérieur.

Sous la pression de ce mouvement social, 17 Etats et Washington DC ont augmenté leurs minima. L’administration Obama soutient une hausse du salaire minimum à 12 $ de l’heure d’ici à 2020 et certaines municipalités comme Los Angeles ont amené le salaire à 15 $ de l’heure dès 2015. Cette question du salaire minimum est devenue un enjeu électoral dans les primaires en cours.
Chiffrer le salaire « décent »

Des travaux académiques consistent à estimer de manière chiffrée le salaire décent (living wage). Selon Glickman (1997), c’est un salaire « permettant de faire vivre une famille, de rester digne, et d’avoir à la fois les moyens et le loisir de participer à la vie civique de la nation ». Pollin, de l’Université d’Amherst, estime que pour une famille avec 2 enfants en Californie, ce salaire s’élève à 15,56 $ avec 2 adultes salariés, et 18,68 $ pour une famille monoparentale. Selon lui, faire passer le salaire minimum de 7,5 $ à 15 $ en 4 ans se traduirait par une hausse des prix de 4 % chaque année, soit au total une augmentation de 0,24 $ pour un Big Mac à 4 $. Pollin estime enfin que si le salaire minimum avait suivi les gains de productivité, il serait aujourd’hui de 26 $.

En France, le SMIC horaire brut est à 9,67 €. Même si la structure des prélèvements, des taxes et des prix n’est pas la même qu’aux Etats-Unis, nous sommes loin des 15 $ réclamés et parfois obtenus par les salariés américains. Au moment où les néolibéraux ne cessent de répéter qu’il faudrait remettre en cause le SMIC au nom de la compétitivité, on oublie souvent que le salaire minimum a été créé pour permettre à une famille de vivre décemment.

En Europe, une campagne pour une augmentation des salaires serait la bienvenue. Suivie d’effet, elle permettrait de dynamiser la demande et contribuerait à sortir de l’impasse des politiques d’austérité. Pour paraphraser Keynes, en menant cette campagne, les salariés s’avèreraient être des économistes bien plus raisonnables que les néolibéraux responsables de la situation actuelle.

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