Gaz de couche en France : le retour du mirage

Alors même que la question de l’exploitation du gaz de schiste en France semblait pour le moment enterrée, voilà que resurgit son « cousin » : le gaz de couche. Le gaz de couche est contenu dans le charbon et des réserves seraient présentes notamment en Lorraine et dans le Nord-Pas-de-Calais. Les arguments avancés par ses promoteurs – comme l’ancien ministre de l’Économie Emmanuel Macron – sont les mêmes que pour le gaz de schiste : la présence de réserves énormes et des créations d’emplois.

À en croire les estimations, le potentiel du sous-sol lorrain représenterait l’équivalent de 6 années de consommation de gaz en France et pourrait fournir l’équivalent de 5 % de la consommation française de gaz en 2025. De son côté, le Nord-Pas-de-Calais pourrait fournir 12 ans de consommation régionale. Des chiffres impressionnants mais à relativiser, car ils sont fournis par les compagnies exploitantes, qui ont intérêt à promettre monts et merveilles pour accélérer les processus de décision. Un retour rapide sur ces dernières années montre que les réserves potentielles ont souvent été surévaluées. Par exemple, en 2011, la Pologne était censée avoir les plus grosses réserves de gaz de schiste en Europe. Aujourd’hui la plupart des majors, dont Total, ont quitté le pays…

Problème de cohérence

L’argument des créations d’emplois est également à prendre avec des pincettes. Un rapport de la région Nord-Pas-de-Calais reprend les estimations de la compagnie exploitante et estime que les cinq forages créeraient 150 emplois directs de terrain, 40 emplois directs de bureau et environ 300 emplois indirects. Ces chiffres sont surprenants : les études, même les plus optimistes, montrent que 13 personnes sont nécessaires au fonctionnement d’un puits standard dans les trois premières années, contre moins d’une les années suivantes. Dans les chiffres avancés par le rapport, chaque forage créerait directement 30 emplois de terrain (150 emplois pour 5 forages), soit plus du double ! Reste également la question non abordée dans le rapport de la pérennité de ces emplois puisqu’il faut ensuite moins d’un emploi par puits sur le reste de la durée de l’exploitation.

En plus d’être une catastrophe écologique, l’exploitation du gaz de couche est un non-sens économique (sauf pour ceux qui le produisent). Au-delà de ces discussions se pose la question de la cohérence de notre politique énergétique qui, d’un côté, impose des seuils ambitieux en termes d’énergies renouvelables et, de l’autre, distribue des permis d’exploitation.

Thomas Porcher, membre des Économistes atterrés

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