Fralib : « La Scop-Ti n’est pas gérée comme une entreprise capitaliste »

Scop-TI : interview de Gérard Cazorla

La Scop-Ti est née au terme des 1336 jours de lutte des ouvriers de Fralib, près de Marseille, contre la multinationale Unilever qui voulait fermer leur usine. Quarante-et-un salariés-coopérateurs y travaillent aujourd’hui après avoir investi leurs indemnités de licenciement dans la coopérative, et ont recruté récemment leur directeur du marketing. Quatre ex-Fralib attendent encore d’être embauchés, et prêtent en attendant main forte aux « copains ». Parmi eux, Gérard Cazorla, technicien de maintenance et ancien délégué CGT, nous fait part des avancées et des difficultés de la Scop.

Après un an et demi d’activité, quelle est la situation économique de votre Scop ?

Gérard Cazorla : Comme Unilever n’a pas voulu nous céder notre marque historique, Éléphant, nous avons dû tout reconstruire. Implanter une nouvelle marque, cela prend du temps. Mais nous avançons ! En production, nous avons obtenu des marchés auprès de marques fournisseurs : Leclerc, Super U, Intermarché. Nous avons aussi signé des contrats de sous-traitance avec la Scop Ethiquable et la marque Le Temps des cerises. Avec un total de 300 tonnes par an, nous avons atteint ce que nous visions en tant que fournisseurs. Mais sur ces contrats, notre marge est faible. Ce qu’il nous faut maintenant, c’est développer nos propres marques. Nous en avons créé deux : 1336 pour la grande distribution, et Scop-Ti, une gamme bio pour laquelle nous achetons nos plantes à infusion en France. Nous en avons vendu 10 tonnes en 2015, 26 en 2016, et nous serons à 40 tonnes en 2017. Nous estimons que nous serons à l’équilibre en vendant 90 tonnes : c’est notre objectif pour 2018.

Où peut-on trouver vos produits ?

GC : Dans la grande distribution, nous sommes référencés chez Auchan au niveau national, et chez Carrefour, Intermarché, Franprix, au niveau régional. Le problème est que les supermarchés ne mettent en général que deux ou trois produits de notre gamme en rayon. La marque Scop-Ti sera chez Biocoop à partir du mois de septembre. Nous développons aussi un circuit alternatif et militant avec les syndicats, les Amap, les associations, les mutuelles, qui représente 20 % des ventes de nos marques.

90 tonnes, c’est plus de deux fois plus que vos ventes actuelles… Comment pensez-vous atteindre ce chiffre ?

GC : On s’est aperçu que dans les rayons des supermarchés, le thé 1336 est plus cher car il ne contient que des arômes naturels… Mais cela n’apparaît pas. Nous allons donc mettre en valeur le fait qu’il est sans arôme artificiel. Nous avons aussi fait une erreur en ne mentionnant pas la variété du thé sur l’étiquette des sachets : cela freine nos ventes dans la restauration ; nous allons rectifier cela dès que nous aurons écoulé notre stock d’étiquettes ! Et nous venons tout juste d’ouvrir une boutique en ligne.

Au-delà de la mise en route de l’usine et du lancement des marques, comment s’expliquent vos pertes de 100 000 euros par mois ?

GC : Il s’est écoulé un an entre la création de la Scop et le moment où on a eu toutes les autorisations pour lancer la production. En mai 2015, nous avons embauchés plusieurs ouvriers impliqués, car ils étaient en fin de droits au Pôle Emploi, alors que l’activité n’a démarré qu’en septembre. Nous n’avons pas géré la Scop comme une entreprise capitaliste, et aujourd’hui on le paie. Mais c’est un trou qu’on assume, et qu’on a choisi ensemble ! À cela s’ajoute le reliquat du manque d’activité des premiers mois. Et en plus, la trésorerie est très tendue car lorsque vous avez un contrat avec la grande distribution, il faut avancer toutes les matières premières, et ils ne vous paient que deux mois après la livraison. Aujourd’hui, plein de choses nous font penser qu’on va y arriver, mais la question, c’est : est-ce qu’on va tenir le temps dont on a besoin pour parvenir à l’équilibre ? La banque nous a déjà fait un prêt à l’investissement. Aujourd’hui, en cas de besoin, on utilise le découvert et l’affacturage. Nous avons aussi ouvert des bons participatifs, qui permettent que des personnes ou des organisations investissent sans prendre la main sur la Scop. La mutuelle de cheminots Entrain a décidé de participer à hauteur de 500 000 euros, et d’autres partenaires réfléchissent.

Comment peut-on vous aider à franchir ce cap ?

GC : Nous cherchons des personnes de bonne volonté pour diffuser nos produits là où nous n’avons pas encore de point de vente : nous leur envoyons une boîte, et ils nous paient une fois que c’est vendu. Les personnes intéressées peuvent nous contacter (1).

Propos recueillis par Lisa Giachino

1- Contact : 04 42 32 53 00 – contact@scop-ti.com

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