Diesel : Emmanuel Macron en marche arrière

Alors qu’il visitait une usine dans l’Aveyron, Emmanuel Macron a affirmé qu’il ne fallait pas faire « la chasse au diesel » assurant « qu’il reste au cœur de la politique industrielle française ». Une sortie étonnante de notre ministre qui semble ignorer que le diesel, en plus d’être un scandale sanitaire, est désormais un non-sens économique pour nos constructeurs.

La France est un des pays ayant le parc automobile le plus diésélisé au monde. Ce choix commence à la fin des années 60 avec le développement du nucléaire. Pour assurer des débouchés aux centrales, les logements neufs ont été équipés en chauffage électrique. Mais comme les énergies sont concurrentes entre elles, le chauffage électrique est venu concurrencer le chauffage au fioul, entraînant cette fois-ci une perte de débouchés pour nos raffineries. Le gouvernement décida alors de baisser la taxe sur le gazole par rapport à l’essence (le fioul se transformant plus facilement en diesel), ce qui incita les constructeurs automobiles français à faire de la motorisation diesel une spécialité. Dès lors, la proportion d’achat de voitures diesel a grimpé en flèche, passant de 33 % en 1990 à 77 % en 2008. Le gazole représente aujourd’hui 80 % des volumes consommés de carburant !

Le problème est que les particules issues des moteurs diesel sont dangereuses pour la santé. En 2012, l’OMS les a classées comme « cancérogènes certains » pour l’homme. Il parait difficilement justifiable d’offrir un avantage fiscal à un produit aussi nocif. C’est pourtant le cas…

Du rôle d’un ministre de l’économie

Alors vient la rengaine de l’opposition entre santé et intérêts économiques. En défendant le diesel, Emmanuel Macron se veut le protecteur du pouvoir d’achat des Français et des emplois de l’industrie automobile. Il n’en est rien. Premièrement, compte tenu de la baisse des prix du pétrole depuis 2014, un réajustement de la fiscalité sur le diesel n’aurait qu’un impact limité sur le pouvoir d’achat. Deuxièmement, l’analyse du marché européen montre qu’il n’y a plus vraiment de part de marché à prendre pour nos constructeurs, et donc pas de réserve d’emplois : en France, deux voitures en circulation sur trois sont des diesels, une sur deux en Europe, et toutes les marques proposent des gammes avec ce type de motorisation. Dans ces conditions, avec un marché hautement concurrentiel et proche de la saturation, l’intérêt économique du diesel est bien faible. Une industrie forte est une industrie qui se renouvelle. Le rôle d’un ministre de l’Economie est d’identifier les secteurs d’avenir et d’indiquer la voie à suivre. Inciter nos constructeurs à rester figés sur cette spécialité du passé, c’est à terme condamner des milliers d’emplois tout en dégradant la santé de millions de Français.

Thomas Porcher, économiste atterré

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