De plus en plus sexy, Linky ?

Des hauts fonctionnaires ont réalisé, à la demande de Ségolène Royal, un rapport sur le déploiement du Linky. Ces « experts » épousent la position de l’État et d’Enedis-ErDF, poussant
la logique marketing jusqu’au ridicule. Le refus du Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD) de rendre public son rapport sur le déploiement du compteur Linky avait de quoi piquer la curiosité. Qu’avait-il donc de si important à cacher, pour que l’association d’électrosensibles Priartem soit contrainte de faire appel à la Cada (1) afin d’obtenir le document, finalement publié fin avril ? Rien ne méritait un tel mystère, au contraire : sa lecture offre tout juste une bonne occasion de rigoler, comme nous allons le voir. Pour le reste, les deux ingénieurs des Ponts mandatés par l’ex-ministre de l’Environnement ne font pas dans l’originalité. Comme chacun pouvait s’y attendre, ils vont totalement dans le sens d’Enedis-ErDF et de l’État en expliquant, tout au long des 88 pages de leur rapport, que les opposants se trompent.
Aucun des arguments de ces derniers n’est donc réellement pris en compte. Y a-t-il un doute sur l’innocuité du dispositif ? Non, selon les rapporteurs, qui « considèrent que la question sanitaire ne constitue pas une difficulté susceptible de remettre en cause le programme Linky ». Ils évoquent l’électrosensibilité au détour d’une phrase, mais s’empressent d’estimer qu’il ne leur appartient pas « de prendre position dans le débat scientifique en cours ». Évidemment, ne pas prendre position, en l’espèce, c’est faire comme si le problème n’existait pas, et non appliquer un principe de précaution. Dans le même temps, ils émettent pourtant l’idée, pour les très petites habitations type chambre d’étudiant ou pour les vieilles maisons où le compteur est parfois installé dans la cuisine, d’offrir à l’occupant la possibilité (payante) de le changer d’emplacement. Car, notent-ils, « certes les niveaux d’émission du compteur Linky sont faibles, mais, cependant, légèrement supérieurs au compteur traditionnel en ce qui concerne les émissions de champs magnétiques ».

DES OBSERVATEURS-AUTRUCHES
À chaque fois qu’ils semblent « entrevoir » un problème lié à l’opération, ils ne ressentent nul besoin de développer. Ces observateurs-autruches s’en tiennent donc aux données « officielles ». Prenons l’exemple des emplois. Enedis-ErDF assure que l’opération en créera 10 000. Or Linky détruira en réalité plus d’emplois qu’il n’en créera, notamment une fois que tous les compteurs auront été remplacés (2). Nos experts, eux, relaient ce chiffre de 10 000 créations, sans autre forme d’analyse. Ils notent tout de même que « les aspects relatifs aux emplois apparaissent comme une vraie question à gérer lors de la fin de l’opération ». Mais ils ne développent pas : on verra plus tard. La casse sociale explique pourtant en partie la gronde, notamment de certaines communes qui la mettent en tête de leur argumentaire contre Linky. Les experts ne leur répondent pas, et s’entêtent même dans leur surdité en recommandant à l’État d’envoyer une circulaire à tous les préfets pour qu’ils attaquent systématiquement les délibérations prises contre Linky.

RELOOKING
En revanche, les rapporteurs n’hésitent pas à partager leurs idées destinées à mieux faire accepter ce vaste programme industriel. La plupart de leurs 13 recommandations portent sur la communication entourant le déploiement. Selon eux, Enedis-ErDF devrait par exemple faire « appel à des sociétés de communication et de marketing, et particulièrement en travaillant avec des sociétés de conseil en gestion de crise, ces sociétés étant habituées aux communications comportant un aspect sanitaire ».
Et puis, nous y voilà, leur grande enquête a conduit nos experts à écrire cette remarque hautement pertinente : « Le compteur est aujourd’hui de couleur jaune-vert assez voyante ». Dans la plupart des cas, cela ne porte pas à conséquence puisque le compteur n’est pas visible, analysent-ils. Mais les têtes pensantes de l’État pensent à tout, y compris à la déco intérieure de nos logements. Ainsi, « le cas des installations dans l’habitation pourrait mériter plus d’attention, pour une meilleure insertion ». Et de préciser leur pensée : « Les rapporteurs suggèrent d’étudier la possibilité de disposer de capots offrant plusieurs coloris plus neutres : blanc crème, comme les compteurs électroniques actuels, gris, bruns. » C’est vrai qu’un Linky gris, ce serait follement sexy !

Nicolas Bérard
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1 – Commission d’accès aux documents administratifs.
2 – Pour l’analyse des emplois créés et détruits, lire Sexy, Linky ?
> Pour suivre l’actualité sur Linky  : http://refuser-compteur-linky.fr