COP 21 : le vers est dans le fruit

Que faut-il réellement attendre de la COP 21 (1), qui se tient du 30 novembre au 11 décembre à Paris ? La réponse est double, et contradictoire : beaucoup, et très peu à la fois. Beaucoup, car, tous les scientifiques (ou presque) semblent d’accord sur le fait que nous – c’est à dire l’humanité – nous trouvons à la croisée des chemins. Soit des mesures radicales et rapides sont prises pour diminuer drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre et limiter la hausse de la température à 2°C, soit nous nous orientons vers une hausse plus importante qui aura des conséquences désastreuses, pour ne pas dire périlleuses. Or, comme le dit Jon Palais, du mouvement Alternatiba, « les alternatives locales portent en elles un immense espoir, car on voit à travers elles que nous pouvons vraiment relever le défi climatique. Mais il faut être honnête : aller chercher son panier bio à vélo, ça ne suffira pas. Il faut aussi que certaines décisions viennent d’en haut ».

SPONSORS POLLUEURS
Il faut donc attendre beaucoup de la COP 21. Mais dans le même temps, les observateurs avisés voient déjà se profiler l’échec des négociations. En cause, et alors que le grand raout n’a pas encore débuté, l’organisation même de la conférence. Le coût de l’opération, qui devrait accueillir 196 délégations et plus de 40 000 participants, se chiffre à 187 millions d’euros. Une somme que la France et l’ONU ne pouvaient apparemment pas supporter seules. Il a donc été décidé de faire appel à des sponsors.
Parmi ceux-ci, censés contribuer à hauteur de 20 % du budget, on trouve, par exemple, BNP Paribas. Selon le Réseau Action Climat, cet établissement est « la première banque française en termes de financement de projets d’énergie fossile ». Egalement partenaires, EDF et Engie (ex GDF Suez), « dont les émissions provoquées par leurs centrales à charbon équivalent à elles seules à près de la moitié des émissions de la France », explique Malika Peyraut, des Amis de la Terre. Rappelons aussi qu’EDF vient d’abandonner brutalement sa filiale Nexcis, spécialisée dans l’énergie solaire.
L’organisation Attac note encore que « parmi la vingtaine d’entreprises qui composent la première
liste de « sponsors », on retrouve notamment Air France, entreprise aéronautique opposée à la réduction des émissions dans le secteur de l’aviation, Renault-Nissan, fabricant d’automobiles,
Suez Environnement, connue pour sa participation au lobby pro-gaz de schiste français ». Faut-il, donc, faire confiance aux grands groupes pour réduire la pollution, dont ils sont les grands responsables, en changeant le système dont ils sont les grands orchestrateurs et bénéficiaires ?

LOBBYISTES DANS LES COULOIRS
« 20 % de financement privé, c’est plus que ce qui s’était fait à la COP 19 à Varsovie en 2013. Or, cette année-là, les associations, mouvements sociaux et syndicats avaient quitté la table des négociations pour dénoncer la mainmise des intérêts privés et les lobbies sur les discussions. On ne peut pas négocier un accord sur le climat avec ceux qui sont responsables du changement climatique : les États doivent écouter les intérêts des citoyens, et non les intérêts privés des lobbies et des multinationales » (2) – Pascoe Sabido, du Corporate Europe Observatory.
De (très) grandes entreprises (citons encore Derichebourg, Galeries Lafayette, Ikea, JCDecaux, LVMH, Michelin, La Poste) vont donc se verdir l’image pour pas cher. Mais cela ne serait rien si, sous couvert de financements, ces grands groupes n’en profitaient pas pour infiltrer leurs lobbyistes dans les couloirs… Leur but : restreindre au maximum les mesures contraignantes qui pourraient être décidées durant la COP. Etait-il possible d’organiser le sommet sans fonds privés ? Pour rappel, il manquait apparemment, selon les chiffres officiels, une bonne trentaine de millions d’euros pour organiser cette « réunion de la dernière chance »… mondiale ! En acceptant le financement des grandes entreprises, les organisateurs ont laissé, sciemment, le vers s’introduire dans le fruit… Les chefs d’Etat auront ainsi tout loisir d’entendre des lobbyistes leur donner les bons arguments pour limiter leurs engagements. Et cela alors que la grande majorité de ces dirigeants regarde déjà plus souvent leur courbe de croissance que celle de leurs émissions carbone.

Nicolas Bérard

Ce papier est paru en septembre 2015

• 1 – 21ème Conférence des Parties de la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques.
• 2 – Extrait d’un communiqué cosigné par Les Amis de la Terre, Attac France, le Corporate Europe Observatory, WECF et www.350.org